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York Factory, vers 1950, par P.A.C. Nichols ACBH 1987/363-Y-100/61

York Factory, vers 1950, par P.A.C. Nichols
ACBH 1987/363-Y-100/61

En 1843, le commerçant de fourrures Robert Ballantyne décrit York Factory comme «une horreur construite sur un sol marécageux, avec vue partielle sur la mer gelée.». Pourtant, sur le plan de la logistique, ce «sol marécageux» est considéré comme une valeur immobilière de premier choix.

York Factory est construit en 1684 sur une péninsule basse et étroite séparant l'embouchure de la rivière Hayes de celle du fleuve Nelson, située au nord-ouest. On avait tenté par deux fois auparavant (en 1670 et en 1682) de mettre sur pied un poste important au «Port Nelson», comme on appelait l'endroit à l'origine. Il s'agit d'un emplacement clé pour plusieurs raisons. Les deux cours d'eau permettent de naviguer à l'intérieur des terres, bien que l'on préfère la rivière Hayes, qui est moins accidentée. Les vasières limoneuses déposées le long des bords de la baie d'Hudson par l'écoulement de ses affluents rendent les eaux peu profondes et impraticables pour les grands bateaux. Les navires de haute mer peuvent jeter l'ancre à Five Fathom Hole, une zone d'ancrage profonde située à quelque onze kilomètres de York Factory, où des embarcations sont envoyées pour le transbordement.

Peu après sa construction, le fort devient une pièce sur l'échiquier de la guerre entre les Anglais et les Français, leurs possessions nord-américaines devenant de plus en plus le théâtre d'opérations militaires de second plan. Presque tous les postes au bord de la baie sont pris par les Français à un certain moment, puis repris périodiquement par les Anglais. La plupart des postes passent donc des uns aux autres à plusieurs reprises. De son côté, York Factory est pris par Pierre Le Moyne, sieur d'Iberville, et est occupé par les Français pendant 16 ans (de 1697 à 1713). Il est restitué aux Anglais en 1713, comme tous les autres postes de la Compagnie de la Baie d'Hudson, par la signature du traité d'Utrecht.

«évacuation de Port Nelson», tiré de The Great Company, par Beckles Willson, 1900 ACBH 1987/363-Y-100/101

«Évacuation de Port Nelson», tiré de The Great Company, par Beckles Willson, 1900
ACBH 1987/363-Y-100/101

En 1714, le capitaine James Knight, gouverneur de la baie, et Henry Kelsey, gouverneur adjoint, reprennent possession de York Factory, à titre de commissionnaires de la reine Anne. Ils le trouvent dans un état épouvantable. James Knight écrit :

[...] l'endroit n'est rien qu'un amas confus de vieilles maisons pourries sans forme qui ne tiennent plus et qui ne peuvent être utilisées pour protéger des marchandises contre les intempéries ni pour abriter des hommes pendant l'hiver glacial. L'endroit où je dois habiter cet hiver ne vaut même pas notre étable au sud de la baie et je n'ai jamais pu y voir quoi que ce soit à l'intérieur sans une bougie tellement il fait noir, froid et humide. Il n'y a rien de mieux à faire que d'entasser de la terre autour pour qu'il fasse moins froid [...]

Il serait impossible, dit-il, de réparer le fort. On ne peut qu'en construire un nouveau à environ un kilomètre en aval. En octobre 1715, on peut enfin s'installer dans ce que le capitaine qualifie de «meilleur logement qu'un homme ait jamais eu dans ce pays». L'année suivante, on ajoute un étage au bâtiment pour l'entreposage des tissus et des peaux et on l'entoure de palissades. James Knight part bientôt vers le nord pour construire un nouveau poste et Henry Kelsey devient responsable de York. En 1718, Henry Kelsey avait déjà signalé de nouveaux ajouts au fort : une cuisine, une forge, une salle de traite, un cabinet de toilette et 300 planches.

Détail de la carte présentant York Factory, par Jack McMaster, 2004

Détail de la carte présentant York Factory, par Jack McMaster, 2004


Cependant, les fondations du fort ne sont pas solides. Il est construit sur du pergélisol instable et les bâtiments doivent être réparés tous les 25 à 30 ans. En 1778, le nouvel arpenteur de la Compagnie, Philip Turnor, examine le fort et recommande la reconstruction du logement des employés. Mais le nouveau bâtiment ne devait pas tenir très longtemps. En 1782, les postes de la Compagnie de la Baie d'Hudson sont attaqués par un amiral français, le comte de La Pérouse, qui ravage les possessions britanniques en soutien des révolutionnaires américains. Après la destruction du fort Prince-de-Galles et le saccage de ses stocks, il se dirige vers York Factory et lance une attaque massive avec sa troupe de 250 hommes. Humphrey Marten, le responsable de York Factory à l'époque, aperçoit les navires français qui approchent et embarque rapidement les stocks de fourrures sur un bateau, qui réussit à s'échapper par la voie des eaux. Il a réussi à sauver les biens de York, mais il ne peut en faire autant pour le fort, qui est réduit en cendres par le comte de La Pérouse et ses hommes.

Humphrey Marten revient bientôt pour participer à la reconstruction du fort, menée par Joseph Colen dès 1785. Ce dernier écrit : «Nous ne perdrons pas notre temps à ériger un nouveau bâtiment sur les fondations de l'ancien.» Son projet est interrompu en 1788 lorsque les eaux de la rivière Hayes inondent le site par une crue de dix mètres. Les dommages causés par la glace sont si importants que Joseph Colen doit choisir un nouvel emplacement pour le fort. Son choix s'arrête à près de deux kilomètres en amont, sur un terrain plus élevé d'environ un mètre au-dessus de la marque de crue de l'inondation. Le projet de construction est lent à démarrer. En 1798, John Ballenden se plaint que «tout le bâtiment n'est qu'un simple carré de maison», tandis qu'en 1819, John Franklin, un capitaine de la Marine royale qui explore l'Arctique et qui sera plus tard anobli, parle d'un fort pratiquement achevé. Il le décrit dans ses notes comme un ensemble de bâtiments de deux étages disposés en carré autour d'une cour octogonale.

Plan pour la construction d'un fort spacieuxé à York Factory, par Joseph Colen, 1786 et 1787 ACBH, carte G1/112

Plan pour la construction d'un fort spacieux… à York Factory, par Joseph Colen, 1786 et 1787
ACBH, carte G1/112

Le vent tourne en faveur de York Factory vers la fin du XVIIe siècle. Après que la Compagnie de la Baie d'Hudson a commencé à construire des postes à l'intérieur des terres en 1774, le fort devient la porte de la Terre de Rupert et le plus important entrepôt de la Compagnie. La rivière Hayes est rocheuse et traîtresse, mais elle a tout de même la profondeur requise pour le passage des grands canots qui transbordent les marchandises de traite vers l'intérieur. Pour cette raison, elle devient la principale voie vers la baie et permet l'utilisation graduelle du bateau d'York, qui peut contenir plus de 4 tonnes de marchandises et qui fut nommée d'après le fort qui était sa destination finale. En 1810, York Factory devient le quartier général du nouveau département du Nord de la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Au milieu du XIXe siècle, le fort est devenu un vaste complexe de plus de 50 bâtiments dominés par l'entrepôt blanc qui tient toujours aujourd'hui. Au cours de ses années florissantes, York Factory abrite divers artisans : des charpentiers de marine qui construisent de petites embarcations et des bateaux d'York; des charpentiers qui construisent et réparent meubles et bâtiments; des forgerons qui fournissent la plupart des pièces métalliques requises; un tonnelier qui passe le plus clair de son temps à fabriquer des tonneaux et des tonnelets; un ferblantier qui crée des casseroles, des poêles et autres articles pour la maison; et un tailleur qui fabrique et répare les vêtements. En 1830, Frances Simpson, la femme de George Simpson, gouverneur de la Terre de Rupert, décrit le «vieux fort» comme un bâtiment avec des magasins où l'on peut se procurer des aliments, des vêtements, des articles de quincaillerie, de la coutellerie, des médicaments et même des parfums.

York Factory est disposé en «H», dont la barre transversale est formée par le pavillon des visiteurs, l'entrepôt et la salle commune pour l'été. Les hampes sont composées de quatre magasins de fourrures, du magasin de traite, de l'entrepôt des provisions, de la maison des employés et de la maison du dirigeant responsable. Divers bâtiments, tels qu'un abri à bateau, un entrepôt d'huile, une cabane pour le bois et une pour la glace, un magasin à poudre, l'atelier du tonnelier et une forge, sont parsemés ici et là. En 1840, Letitia Hargrave, la femme du négociant en chef James Hargrave, décrit le fort comme un bel endroit où habiter : «C'est très beau. Les maisons sont peintes en jaune pâle. Les fenêtres et certains éléments sont blancs. Il y a quelques rideaux de gaze verte contre les moustiques à l'extérieur et l'effet est plutôt réussi.»

York Factory, date inconnue ACBH 1987/363-Y-100/100

York Factory, date inconnue
ACBH 1987/363-Y-100/100

La population de York augmente chaque année et les ressources deviennent bientôt insuffisantes. La taille immense du complexe d'un peu plus de quatre hectares fait en sorte que la demande de bois de chauffage surpasse de beaucoup les réserves. En 1880, il faut quelque quarante à soixante hommes et femmes pour transporter le bois de chauffage des sites de coupe aux cours à bois. Le manque de nourriture devient également problématique. Le déclin des populations d'oies, de caribous et de lièvres a des conséquences sur les réserves de nourriture et le déséquilibre de l'écosystème local devient flagrant. Le rôle de quartier général et d'entrepôt du département du Nord de York Factory se termine officiellement en 1873. Le négociant en chef Joseph Fortescue, responsable de York Factory de 1872 à 1884, met fin aux brigades de York Factory et les activités sont réduites.

Pendant deux siècles et demi, son existence est régie par le rythme du cycle d'expédition transatlantique, qui prend fin en 1931. York Factory, poste secondaire au service d'une population en baisse, ferme ses portes sans éclat en 1957. En 1960, on le déclare lieu historique national et il est administré par Parcs Canada depuis 1968. Aujourd'hui, les seuls survivants du grand complexe fourmillant sont l'entrepôt et une petite dépendance, faibles témoins du rôle important qu'a joué York Factory dans le développement du Nord et de l'Ouest canadien.

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