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La recherche d'une route navigable plus directe vers l'Orient était l'une des principales raisons pour lesquelles on poursuivait l'exploration du Nouveau monde. À l'époque, la théorie voulait qu'une telle route se trouve au nord du continent nord-américain - le légendaire passage du Nord-Ouest.

Radisson & Groseilliers by Frederic Remington, 1905 - Buffalo Bill Historical Center, Cody Wyoming; Gift of Mrs. Karl Frank; 14.86

Radisson et des Groseilliers,
par Frederic Remington, 1905
Buffalo Bill Historical Center, Cody, Wyoming;
don de Mrs. Karl Frank; 14.86

La quête du passage du Nord-Ouest commence véritablement en 1576 avec la première expédition de Martin Frobisher. Ses trois tentatives infructueuses pour trouver le passage n'ont pas pour autant miné l'enthousiasme des autres explorateurs. En 1610, Henry Hudson est mandaté par un groupe de courtisans anglais pour tenter de découvrir le passage du Nord-Ouest et d'en tracer le parcours. Au cours de ce voyage, il découvrira une grande étendue d'eau salée maintenant connue sous le nom de baie d'Hudson. Mais l'équipage, qui ne peut supporter les rigueurs d'un long hiver pendant lesquels le navire est pris dans les glaces, provoque une mutinerie. Hudson, son jeune fils et certains fidèles membres d'équipage sont abandonnés à la dérive et on ne les reverra jamais.

Dès 1631, on en vient à la conclusion évidente que la baie d'Hudson n'est pas le passage maritime vers l'Orient. Par contre, on réalise que cette région regorge d'animaux dont les fourrures sont parmi les plus recherchées au monde.

Pierre-Esprit Radisson (1636-1710) et Médard Chouart, Sieur des Groseilliers (1618-1710), sont les premiers Européens à pénétrer profondément dans la ceinture forestière du nord, à négocier des traités avec les Cris, à explorer les sources du Mississipi et du Missouri et à mettre en application les méthodes commerciales qui aboutiront à la création de la Compagnie de la Baie d'Hudson.

En 1659, des Groseilliers et Radisson, son jeune beau-frère, partent en direction du bassin des Grands Lacs, malgré le fait que le marquis d'Argenson, gouverneur de la Nouvelle France refuse de leur émettre un permis de traite. Les deux compagnons passent l'hiver dans la région, rencontrent les Autochtones et font du commerce avec eux. Ils reviennent l'année suivante avec une cargaison de fourrures de première qualité et sont accusés de commerce sans permis de traite.  Le gouverneur confisque presque toute leurs fourrures, leur impose une amende et emprisonne des Groseilliers pendant une courte période.

Pierre Esprit Radisson - Belier/Library and Archives Canada/C-15497

Pierre Esprit Radisson
Belier/
Bibliothèque et Archives Canada/C-15497

Des Groseilliers se rend en France pour obtenir justice mais en vain. Il profite de son séjour pour essayer de jeter les bases d'un commerce français de la fourrure en relation directe avec la baie d'Hudson, mais là encore il échoue. De retour à Québec, contrarié par la façon dont le gouvernement colonial français freine leurs ambitions et ne voyant pas de réalisation possible à ses projets, il se rend avec Radisson à Boston. Bien qu'ils échouent également dans leur tentative d'intéresser les gens de la Nouvelle-Angleterre à leurs projets, ils rencontrent un colonel anglais, George Cartwright, qui les emmène avec lui à Londres et les présente à Sir George Carteret, qui à son tour les présente au roi Charles II.

La cour de Charles II réserve une réception enthousiaste à ces deux Français qui font miroiter les avantages d'une expédition dans des régions éloignées et sauvages. Ce n'est toutefois qu'en 1667 que le cousin du roi, le prince Rupert, prend la direction du projet. La Marine royale, selon les ordres du roi, met à la disposition des explorateurs le ketch Eaglet, et des particuliers associés au projet fournissent, de leur côté, un autre vaisseau plus petit, le Nonsuch. Le 3 juin 1668, l'Eaglet, avec à son bord Radisson et commandé par le capitaine William Stannard, et le Nonsuch, avec à son bord des Groseilliers et commandé par le capitaine bostonien Zachariah Gillam, descendent la Tamise pour traverser l'Atlantique.

La malchance s'acharne sur l'expédition. L'Eaglet subit des avaries au cours d'une tempête et doit rentrer en Angleterre, mais le Nonsuch arrive le 29 septembre à l'extrémité sud de la baie James, trois mois et vingt-six jours après avoir quitté l'Angleterre. Et, à l'embouchure de la rivière Rupert, on érige le Fort Charles (qui plus tard deviendra Rupert House). Une Ligue des Amis est fondée et les terres sont «dûment achetées» aux Autochtones de la baie James. Au printemps plus de 300 Autochtones viennent faire des échanges. Lorsque les glaces cèdent, on charge les fourrures sur le Nonsuch et ce dernier met le cap sur l'Angleterre avec sa précieuse cargaison.

Le succès phénoménal de cette expédition stimule l'ardeur du prince Rupert et de son groupe de courtisans-investisseurs, et renforce leur volonté de pousser plus loin le commerce des fourrures au Nouveau Monde. Ils demandent alors au roi une charte royale, qui leur est octroyée le 2 mai 1670.