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Basé à la Hudson's Bay House à Winnipeg, le Comité canadien de HBC gère les commandes d'illustrations de calendrier.  D'abord connu sous le nom de Comité consultatif canadien, le Comité est créé en 1912; son objectif consiste à conseiller Londres sur les activités quotidiennes au Canada.  En 1930, son rôle est officialisé et il acquiert l'autorité juridique de gérer les activités quotidiennes de la Compagnie.  En 1957, tous les membres du Comité deviennent administrateurs à part entière de HBC.  Dans les premières années d'existence des calendriers, le Comité dresse une liste pouvant comprendre jusqu'à 20 sujets possibles; il détermine des sujets de deux ans en deux ans et choisit les artistes auxquels commander chaque œuvre.  Il s'assure que chaque sujet fait l'objet de recherches intensives et surveille la création de chaque tableau.

Au début des années 1950, Clifford Wilson, rédacteur en chef du magazine The Beaver de 1939 à 1957, assume la responsabilité de surveiller les commandes de calendrier.  Les illustrations finales doivent toutefois toujours recevoir l'approbation du Comité canadien.  Fondé en 1920, le magazine est le principal organe culturel de la Compagnie; il dispose d'une bibliothèque richement garnie et a des liens étroits avec les archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, alors situées à Londres.  Une note de service relative aux politiques sur les calendriers est émise en 1958; elle énonce clairement que «Le Comité canadien doit approuver tous les sujets de calendrier et qu'il faut en soumettre au moins deux (et préférablement trois) au Comité au plus tard le 7 janvier de chaque année».  Wilson s'occupe d'orienter les peintres, de l'idée à l'esquisse initiale, et jusqu'à l'œuvre terminée.  Très exigeant, il fait des recherches sur le moindre aspect de chaque tableau.  Les artistes reçoivent donc une foule de renseignements à partir desquels ils pourront peindre une œuvre aussi exacte que possible du point de vue historique.  Chaque élément des œuvres fait l'objet de recherches historiques, géographiques et culturelles, du type de vêtements portés à la végétation régionale.

Le souci du détail affiché par Wilson peut parfois sembler excessif et représente certainement un défi pour les artistes.  L'œuvre Samuel Hearne érige Cumberland House, 1774-1775, peinte par Franklin Arbuckle pour le calendrier de 1952, en donne un bon exemple.

Hearne érige Cumberland House, 1774-1775 par George Franklin Arbuckle, 1951, Collection d'entreprise de la Compagnie de la Baie d'Hudson (ART_00037).

Malgré plusieurs modifications et révisions à l'esquisse de l'artiste, Clifford Wilson formule de nombreuses critiques au sujet de l'œuvre finale et forcera Arbuckle à en repeindre certains éléments.  Il critique par exemple la couleur de la tuque de Hearne, originalement peinte d'un ton jaune vif par Arbuckle.  Dans une lettre adressée à Arbuckle et datée du 14 août 1950, Wilson consacre un paragraphe entier à expliquer pourquoi la couleur jaune ne convient pas à la tuque de Hearne.  Il cite notamment l'attention exagérée que la couleur attire au centre de l'image, de même que l'aspect peu pratique d'une tuque jaune dans le bois.  Il continue en suggérant la couleur bleue, mais de façon très indirecte : «Je ne vous demande pas de la changer, mais j'aimerais savoir ce que vous en pensez.  Par exemple, je remarque que dans l'esquisse en couleur, la tuque de Hearne est bleue.»  Il laisse, du moins en apparence, le contrôle de l'aspect créatif à Arbuckle, ajoutant notamment : «Nous ne pouvons toutefois pas laisser ces considérations influencer le côté artistique de l'œuvre.»

Arbuckle lui répond dans une lettre datée du 27 août 1950, dans laquelle il le remercie de sa critique : «Il me fera grand plaisir d'effectuer tout changement technique que vous pourrez me suggérer, puisque vous êtes l'expert en la matière.  Pour ce qui est des questions esthétiques, je me laisse guider par ma conscience et je suis certain que vous m'appuierez à ce sujet.»  Au sujet de la tuque, il ajoute : «Je vais essayer le bleu et je verrai ce que ça donne.»  Dans l'œuvre finale, la tuque de Hearne est bleue, conformément à la préférence exprimée par Wilson.

La gestion par Wilson des commandes d'illustrations de calendrier prend fin en 1957, lorsqu'il quitte HBC pour accepter un poste de cadre au Glenbow Institute à Calgary.  De 1960 à 1964, la Compagnie choisit d'utiliser des photographies plutôt que des tableaux.  Elle décide toutefois de revenir aux illustrations historiques pour le calendrier de 1965 et en utilise trois plutôt qu'une seule.  Rolph Huband, alors secrétaire du Comité canadien, joue un rôle important dans le processus de commande au cours des années 1960.  Il écrit à de possibles artistes; puis, Shirlee Anne Smith, bibliothécaire de la Hudson's Bay House, mène les recherches pour l'illustration.  Leur approche combinée offre une plus grande liberté artistique au peintre.

Pour le calendrier de 1965, Huband se contente de demander à William Winter s'il est «intéressé à peindre une toile» pour HBC.  Il ne précise aucun sujet : «Nous cherchons quelque chose d'essentiellement représentatif, mais pas de style photographique.  Si cela vous intéresse, veuillez communiquer avec nous.»  Winter répond qu'il est effectivement intéressé et qu'il aimerait «peindre une illustration de nature domestique… Je suis certain que les dossiers de la Compagnie pourraient me donner de nombreuses idées… bals, danses campagnardes, ou mariages à l'époque des premiers commerçants en fourrures.»  Winter énonce donc ses préférences et propose un sujet, ce qui diffère complètement du processus précédent, étroitement contrôlé.  Shirlee Anne Smith propose ensuite deux thèmes domestiques parmi lesquels Winter pourra choisir : dîner de Noël à York Factory ou bal à Upper Fort Garry.  Winter finit par arrêter son choix sur le deuxième.

Bal à Upper Fort Garry, 1862 par William Arthur Winter, vers 1964, Collection d'entreprise de la Compagnie de la Baie d'Hudson (ART_00028).

Conformément à la tradition, lorsque Winter a choisi son sujet, Smith insiste sur l'exactitude historique des illustrations.  Elle n'épargne aucun effort dans ses recherches sur l'architecture, le style et les tenues vestimentaires de l'époque, afin de permettre à Winter d'illustrer le bal tel qu'il se serait déroulé en 1862.  Lorsque Winter envoie son esquisse à Smith pour approbation, elle se révèle aussi critique que Clifford Wilson l'avait été.  Elle lui demande de modifier l'expression de certains visages, de raccourcir les gants blancs des femmes, et de donner une couleur plus pâle aux manteaux bruns.

Rolph Huband approuve la composition finale du Bal à Upper Fort Garry. En 1964, il écrit à Winter : «Votre ravissante toile est arrivée hier et nous sommes tous très heureux du résultat.»  L'œuvre paraît avec deux autres illustrations dans le calendrier de 1965.  Huband continue à gérer les commandes de calendrier jusqu'en 1970, année où ils cessent de paraître.

Le public adorait les calendriers de HBC.  Au fil du temps, les sondages de la Compagnie montrent que l'opinion générale désire que leur production continue.  Au cours de leurs 58 années d'existence, HBC en distribue plus de 5 millions, soit 110 000 par année en moyenne.  Ils sont envoyés aux grands magasins, aux postes de traite de fourrures et aux Magasins du Nord, à la division du Commerce de gros et aux services des Achats.  À partir de 1929, ils sont également envoyés à toutes les écoles du Manitoba, de la Saskatchewan, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique.  En outre, les clients en demandent des copies individuelles par l'entremise de lettres, d'appels téléphoniques ou de visites en magasin.  Le calendrier de HBC était un emblème national qui décorait les murs de magasins, de bureaux, d'écoles et de foyers en tous genres, d'un océan à l'autre.

Ada Nalikak, mère de Jack Alonak, dans sa tente faite de peau de caribou [la femme en arrière-plan n'est pas identifiée].  [194-]. Photographe : J.H. Webster.  Archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson (ACBH 1987/363-E-140/29)

Au fil du temps, les calendriers sont devenus des objets de collection, surtout au Canada et aux États-Unis.  De nos jours, plus de 40 ans après la fin de la production, les calendriers de HBC suscitent de l'intérêt sur les sites de collectionneurs.

Cliquez icipour accéder à la liste complète des illustrations de calendrier.

Le document suivant (en anglais seulement) donne de plus amples renseignements :Picture This: Hudson’s Bay Company Calendar Images and Their Documentary Legacy, 1913-1970 by Andrea M. Paci.

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