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À l’approche de 1967, année de son centenaire, le Canada était un pays où tout était possible; surtout à Montréal, ville du politicien le plus flamboyant du pays : le maire Jean Drapeau. Cet homme dynamique allait devenir l’élément catalyseur de l’une des aventures les moins connues de la Compagnie de la Baie d'Hudson dans le soutien au sport amateur : la construction de la Maison olympique.

En moins d’un mois, HBC devint le principal commanditaire financier d’un pavillon consacré au mouvement olympique. Comment? Grâce aux objectifs complémentaires des participants principaux.

En avril 1966, Montréal perd l’organisation des Jeux d’été de 1972 au profit de Munich. Durant la période de candidature, l’idée de bâtir un pavillon olympique à l’occasion de l’Expo universelle prévue l’année suivante voit le jour. L’Association olympique canadienne (AOC) est enthousiaste. Mais, lorsque la ville perd l’organisation des Jeux, tous croient que le projet est tombé à l’eau.  Enfin, presque tous. Comme l’a plus tard rappelé le directeur exécutif de l’AOC, Henk Hoppener :

Pour nous tous qui étions en relation avec la délégation canadienne, sauf peut-être le maire Drapeau, le projet de la «Maison olympique» était retourné dans la catégorie des besoins sans ressources. Cependant, le refus d’abandonner du maire Drapeau, combiné au grand désir de notre association de promouvoir le mouvement olympique canadien auprès des Canadiens et du monde entier, pouvait maintenant mener à un miracle de dernière minute.

Maquette de la Olympic House.Architectes : Chadwick, Pope and Edge

Archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, Archives du Manitoba

C’est ainsi que commence la recherche d’un commanditaire qui donnera vie à la vision de l’AOC. C’est ici que Hbc entre en jeu.

Depuis un certain temps, le ministre fédéral du Commerce, Robert H. Winters exhortait HBC à participer à l’Expo. Divers projets avaient été proposés et rejetés. Puis, le 2 août 1966, Jean Drapeau organise une visite du site de l’Expo. Ses invités sont Hugh W. Sutherland et T. Norbert Beaupré.

Sutherland, directeur adjoint général de HBC, est à la tête de l’exploitation de la Compagnie à Montréal et Beaupré est membre du conseil d’administration de HBC et président de BC Forest Products Ltd., à Vancouver. Drapeau suggère que HBC finance une structure qui abriterait un musée de l’Association olympique durant l’Expo et qui deviendrait ensuite un bureau central permanent pour l’AOC. Il estime alors le coût de construction à environ 175 000 $ et celui des objets d’exposition à 75 000 $.

Le 3 août, Sutherland recommande le projet au directeur général, J. R. Murray. La proposition de l’AOC prévoit un bureau central qui deviendra une maison pour accueillir les associations canadiennes de sport amateur, un «sanctuaire» du mouvement olympique canadien, un établissement de recherche et, peut-être, le point de départ d’un futur centre de l’excellence sportive. Cette proposition a pour but de venter l’image qu’un tel établissement enverra au Comité international olympique (CIO).

Néanmoins, la note documentaire que le secrétaire du comité canadien de HBC, Rolph Huband, fait parvenir à Murray indique que la principale raison pour laquelle Hbc participerait au projet serait «pour conserver sa cote d’estime auprès du gouvernement fédéral». La Maison olympique garantirait cette cote d’estime, surtout si elle contribuait à assurer l’obtention de Jeux futurs au Canada. D’autre part, le projet détournerait une partie du budget caritatif de la Compagnie vers les sports, un secteur d’intérêt limité à l’époque.

Illustration de la Olympic House, tirée du rapport annuel de 1967 de HBC

Il existe d’autres préoccupations. Quelle forme prendra le pavillon proposé? Comment la Compagnie sera-t-elle reconnue? Même si HBC a acquis la chaîne Morgan locale en 1960, ses magasins de la région montréalaise sont toujours exploités sous le nom Morgan; une situation qui se perpétuera jusqu’en 1972. En 1966, les Montréalais ne reconnaissent HBC qu’en tant que détaillant de l’Ouest ou qu’entreprise impliquée dans le commerce de la fourrure. L’idée d’un bureau central national pour les associations sportives canadiennes est-elle réalisable? En fait, de nombreuses associations ont leur propre plan très avancé de bureau central national et le gouvernement fédéral examine une proposition pour établir un tel lieu à Ottawa.

 

 

Puis vient le coût. Le budget global de l’Expo s’approche du déficit et Jean Drapeau est bien connu pour ses prévisions «optimistes». Huband est sceptique quant à la possibilité de faire quoi que ce soit avec si peu d’argent, mais modère son opinion en annonçant que le don de HBC, quel qu’il soit, ne doit absolument pas dépasser le plafond établi.

Le comité canadien se rencontre le 18 août et endosse le projet avec des conditions. HBC consent à faire une contribution de 250 000 $ pour la construction et les objets d’exposition de la Maison olympique, qui tiendra lieu de musée durant l’Expo. En 1968, la Compagnie accordera 25 000 $ additionnels pour que le musée soit converti en locaux à bureaux. Il s’agit de montants maximaux qui ne devront pas être dépassés. Les contributions seront consenties avec l’assurance que :

  • La bâtisse sera construite et l’exposition montée conformément aux normes de l’Expo, pour la somme de 250 000 $;
  • Les fonds additionnels, au besoin, proviendront d’ailleurs;
  • La bâtisse et l’exposition seront prêtes au plus tard le 18 avril 1967.

La direction de l’AOC accepte les conditions de HBC le 27 août, tout en faisant passer d’autres résolutions pour allouer 50 000 $ aux coûts de l’exposition. L’AOC gèrera la Maison olympique jusqu’à la fin de l’Expo, en octobre 1967. Par la suite, elle possédera la Maison olympique et l’exploitera en tant que bureau national permanent.

Extérieur de la Olympic House, octobre 1967

Photo par George Hunter / Archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, Archives du Manitoba

L’annonce publique a lieu le 30 août 1966, seulement 28 jours après que Jean Drapeau eut soumis le projet pour la première fois.

HBC, en tant que plus ancienne société du Canada, qui exploite des magasins d’un bout à l’autre du pays, y compris la très importante chaîne de magasins Morgan à Montréal, souhaitait participer à l’Expo 67. La Compagnie est ravie d’avoir trouvé une façon si intéressante et pertinente de s’impliquer. Durant l’année de l’Expo, la bâtisse, sur laquelle flotteront les drapeaux de 160 pays, abritera une exposition d’objets reliés aux Olympiques provenant de nombreux pays.

La Compagnie a toujours considéré le mouvement olympique comme l’expression nationale et internationale de nombreuses valeurs préconisées par l’Homme. Au cours des dernières années, la Compagnie a travaillé étroitement avec les membres de la direction de l’Association canadienne olympique dans le but de mettre de l’avant des installations utiles pour encourager le sport amateur au Canada. L’AOC fournira cinquante mille dollars pour le coût de l’exposition.

Le 29 août, Robert H. Winters, ministre fédéral du Commerce, écrit à J. R. Murray :

Monsieur Murray,

Je suis très heureux de votre réponse à ma demande concernant votre participation à l’Expo. Je crois que votre projet est très audacieux, et j’espère qu’il se réalisera à la satisfaction et même au profit de tous. Je vous suis très reconnaissant et j’espère que vous transmettrez mes remerciements à vos collègues du conseil pour leur formidable collaboration.

Ainsi, le projet sans commanditaire trouve le commanditaire sans projet, par l’entremise d’un maire désireux d’assurer la tenue des Jeux olympiques dans sa ville.

Intérieur de la Olympic House, octobre 1967
 

Photo par George Hunter / Archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, Archives du Manitoba

Et qu’en est-il de la Maison olympique? Malgré des dépassements de coûts, elle est inaugurée à temps. Les expositions illustrant des thèmes tels que «Victoire et défaite», «En quête de l’excellence», «Le sport au féminin» et «L’histoire olympique» ont du succès auprès des visiteurs. En 1968, la bâtisse commence à être exploitée comme bureau central de l’AOC et abrite un petit contingent d’employés de la ville de Montréal qui se consacrent exclusivement à la candidature en vue d’accueillir les Jeux olympiques d’été de 1976. Cependant, à cause de son emplacement et du réseau de transport insatisfaisant, elle ne deviendra jamais le centre projeté avec tant d’optimisme. La Maison olympique est vendue à un promoteur immobilier en 2002, permettant au Fonds canadien de la famille olympique de réaliser un bénéfice net de 1 163 000 M$ sur le capital investi.

 

 

 

Intérieur de la Olympic House, octobre 1967
 

Photo par George Hunter / Archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, Archives du Manitoba