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Dans le Nord avec le Nascopie

Durant toute sa carrière, le célèbre navire à vapeur Nascopie de la Compagnie de la Baie d’Hudson a assuré l’essentiel du service de la Compagnie dans la région est de l’Arctique. De 1912 à 1947, la présence du Nascopie a été un spectacle familier pour les habitants du Nord canadien. Chaque été, le navire se mettait en route pour la baie d’Hudson en passant par Terre-Neuve, le Labrador, l’île de Baffin et le Nord du Québec. En route, il déchargeait des provisions pour l’année à venir et ramassait les fourrures de l’année précédente ainsi que d’autres cargaisons comme le saumon.

 

 

Dépliant de croisière, vers 1938

De 1912 à 1930, le Nascopie était basé dans les eaux britanniques, dans des ports aussi divers que Ardrossan (Écosse), Liverpool (Grande-Bretagne) et St. John’s (Terre-Neuve) qui, à l’époque, était encore une possession britannique. À l’hiver 1930, on entreprend une importante remise en état du navire à Ardrossan, là même où il avait été construit. Le Nascopie reprend son service régulier à l’été 1933. Ce sera la dernière fois que son voyage de réapprovisionnement comprendra une traversée transatlantique. Désormais, le Nascopie sera basé en eaux canadiennes et Montréal deviendra son nouveau port d’attache. C’est ainsi qu’a pris fin une tradition remontant au voyage du Nonsuch en 1668.

 

 

D’autres changements allaient également survenir. L’un des objectifs du carénage du navire était l’aménagement de cabines plus confortables pour les passagers. Le navire avait toujours servi au transport en Arctique du personnel de la Compagnie de la Baie d’Hudson et des représentants du gouvernement, mais il s’agissait maintenant d’attirer aussi les touristes. Les voyageurs pourraient faire des réservations pour l’ensemble ou pour une partie du parcours. Grâce à des correspondances avec le chemin de fer à Moosonee (Ontario) et Churchill (Manitoba), il était possible d’effectuer un parcours circulaire. Les touristes pouvaient également choisir de faire le voyage aller-retour d’une durée de trois mois. Les tarifs comprenaient le voyage, l’hébergement et tous les repas :

 

Montréal – Moosonee 30 jours, 350 $
Montréal – Churchill 40 jours, 400 $
Montréal – St. John’s 90 jours, 850 $

Les personnes intéressées devaient communiquer avec le bureau du commissaire de la traite des fourrures pour obtenir plus de précisions.

 

 

Annonce parue dans The Beaver, 1933

Quatre-vingt-dix passagers ont participé à la première saison touristique du Nascopie.
On ne s’étonnera pas qu’aient figuré parmi ceux-ci 15 Inuits, 19 missionnaires, 23 employés (hommes, femmes et enfants) de la Compagnie de la Baie d’Hudson et 24 «fonctionnaires», dont quatorze agents de la Police à cheval du Nord-Ouest (aujourd’hui la Gendarmerie royale du Canadaou GRC). Mais une douzaine de touristes des États-Unis et de l’Allemagne étaient également à bord, dont le correspondant de journal Colin Ross et sa famille ainsi que le jeune éclaireur canadien Eric Liddell de Point Grey (Colombie-Britannique). Celui-ci a été le premier à remporter un voyage aller-retour sur le Nascopie, un tout nouveau prix offert par l’Association des scouts du Canada et commandité par le service de la Traite des fourrures. Sous la supervision de l’inspecteur Wunsch de la Police à cheval du Nord-Ouest, le jeune Liddell a eu la chance, de juin à octobre, de mettre à profit ses qualités de marin et d’apprendre plein de choses sur la pêche, les Inuits, les Premières nations, la navigation dans des conditions de glace polaire et… la Police à cheval du Nord-Ouest.

 

 

En raison de leur nouveauté, les croisières en Arctique ont été populaires auprès des touristes. En 1939, 21 personnes ont réservé la croisière d’un été complet. Bien que le Nascopie ait été avant tout un navire utilitaire, on tentait de répondre aux besoins des touristes. C’est ainsi qu’on a inauguré cette année-là une cérémonie de «baptême de la ligne» pour marquer la traversée du cercle arctique. On suivait en cela une coutume bien établie sous les latitudes du sud destinée aux passagers qui franchissent l’équateur pour la première fois. Deux passagers, vêtus comme le roi Borée et la reine Aurore, présidaient la cérémonie lorsque les festivités ont été interrompues par un vent arctique féroce qui projeta tout le monde sous le pont ! Une équipe de stewards, composée pour l’essentiel de jeunes adolescents embauchés pour la saison estivale, assurait le service des passagers.

 

Moment de détente à bord du Nascopie

ACBH 1985/36/N6210

 

À l’éclatement de la Seconde guerre mondiale, le Nascopie a troqué ses couleurs noire et blanche pour un terne gris. Bien que ses hublots aient été recouverts de peinture et qu’il ait été armé de deux canons, dix touristes américains ont pris part en 1941 à la dernière croisière estivale touristique du Nascopie. Après la guerre, on n’a pas repris ce type de croisière, faute non pas d’intérêt mais d’espace. Tout l’espace libre était occupé par des médecins spécialistes de plus en plus nombreux, embauchés par le gouvernement fédéral pour offrir les soins médicaux de base aux populations autochtones. Au cours de l’été 1946,on a pris plus de 1 500 radiographies et on a offert des services de consultation dans chacun des ports d’escale.

 

Le naufrage du Nascopie en juillet 1947, après qu’il eût heurté un récif non indiqué sur les cartes au large de Cape Dorset, allait mettre un terme à tous les projets de la Compagnie de la Baie d’Hudson concernant les croisières touristiques estivales.