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Le S.S. Nascopie de la Poste royale, un navire à vapeur et brise-glace de 87 mètres de long pesant 2 500 tonnes, est sans doute l'un des bateaux les plus célèbres de la Compagnie de la Baie d'Hudson et l'un de ceux ayant le plus marqué l'histoire.

 

Le Nascopie dans les glaces, 1934 ACBH Album 53/78 (N6925)

Ainsi nommé en l'honneur des Premières nations du Québec et du Labrador, le Nascopie a été conçu et construit en Angleterre en 1911. La Compagnie de la Baie d'Hudson possédait les intérêts majoritaires, et Job Brothers, une entreprise de pêche et de conservation de Terre Neuve, possédait les intérêts minoritaires. Cette dernière a par la suite renoncé à ses parts, laissant comme seul propriétaire la Compagnie de la Baie d'Hudson. En juillet 1912, le Nascopie a mis les voiles pour la première de ses trente-quatre traversées du détroit d'Hudson en tant que navire ravitailleur pour les postes éloignés du Grand Nord de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Toutefois, tout au long de sa carrière historique, il a aussi servi à d'autres usages.

 

Le Nascopie a joué un rôle clé dans l'histoire du Canada. En 1916, pendant la Première Guerre mondiale, la Compagnie de la Baie d'Hudson a affrété le Nascopie au gouvernement français pour servir de navire ravitailleur. Il était utilisé pour apporter du blé de Russie et transporter des munitions et du matériel militaire de la France à la Russie. C'est pendant un voyage entre la Russie et Terre-Neuve que le Nascopie a croisé un sous-marin allemand au nord de Mourmansk. Ils ont tous deux ouvert le feu, et selon toute apparence, le sous-marin a été touché et a coulé. Il a été confirmé plus tard qu'il n'avait pas coulé, mais qu'il s'était plutôt enfui. Toutefois, on raconte encore aujourd'hui que le Nascopie a coulé un sous marin allemand.

En 1921, le Nascopie a été appelé à Loppen, en Norvège, pour transporter une des cargaisons les plus étranges de son histoire. Il s'est rendu là-bas pour prendre un chargement de 550 rennes qu'il devait porter à l'île Baffin. Les caribous s'y faisaient rares, et on a cru que les rennes pourraient s'adapter à cet environnement et fournir de la viande et des peaux aux Inuits. Malheureusement, l'entreprise n'a pas fonctionné.

Par la suite, le Nascopie a fait chaque année un voyage dans l'Arctique, allant de plus en plus loin chaque fois et se rendant jusqu'à la baie de l'Arctique en 1926 (il est même allé jusqu'au fjord de Robertson, au Groenland). Pendant cette période, il a aussi joué les héros en secourant en 1925 l'équipage et les passagers d'un autre navire de la Compagnie, le Bayeskimo, qui avait été écrasé par la glace dans la baie d'Ungava. En 1929, il a aussi secouru l'équipage du S.S. Florencia.

 

Annonce parue dans
The Beaver, 1933

Au début des années 30, il a passé trois hivers et deux étés au carénage, au quai d'Ardrossan, en écosse, où il a été construit. Dans l'intervalle, les postes de l'est de l'Arctique étaient ravitaillés par le S.S. Ungava. Finalement, en 1933, le Nascopie a été renfloué. Le 16 juin de la même année, il a mis fin à la tradition commencée en 1668 : il fut le dernier navire de la Compagnie à voyager entre l'Angleterre et la baie d'Hudson. à partir de ce moment, le Nascopie a été basé à Montréal et a été géré par le Comité canadien. C'est aussi en 1933 que des touristes ont commencé à voyager sur le Nascopie.


 

Déjà en 1939, il avait transporté des passagers célèbres comme le peintre Frederick Varley, du Groupe des Sept. Après le voyage annuel de 1941, les touristes n'ont plus été admis, car on craignait que cela nuise à la santé des Inuits.

Pendant les années 30, le Nascopie a pris part à de nombreux événements historiques, dont deux se sont produits en 1934 et 1937. En 1934, le gouverneur de la Compagnie de la Baie d'Hudson, Patrick Ashley Cooper, et sa femme ont embarqué sur le Nascopie à Montréal et ont navigué jusqu'à Churchill. C'était alors la première fois qu'un gouverneur de la Compagnie visitait la baie d'Hudson. En 1937, le navire a pris la direction de l'est jusqu'à l'inlet Prince-Régent et au détroit de Bellot, ce qui a permis à la Compagnie de la Baie d'Hudson de fonder Fort Ross. La goélette Aklavik l'y a rejoint, traversant le détroit de Bellot par l'ouest. Cette rencontre historique des deux navires à Fort Ross a concrétisé le passage du Nord-Ouest.

Les années 40 ont commencé dans la guerre, et le Nascopie a une fois encore été chargé d'un canon naval de 3,7 po et d'un canon antiaérien. En plus de ses voyages annuels en Arctique, il a aussi servi à l'effort de guerre en transportant du Groenland au Canada de la cryolite, minéral très recherché pour la fabrication de l'aluminium. Malheureusement, le Nascopie n'allait pas survivre à cette décennie.

En 1947, le Nascopie a heurté un récif abrupt non indiqué sur les cartes au large de l'île Beacon, à l'entrée du port de Cape Dorset. Il est resté là pendant plus de deux mois, jusqu'au 25 septembre; il a alors été séparé en deux par une tempête et la proue partiellement submergée a glissé dans les profondeurs de l'eau. La poupe, toujours accrochée au récif, a été balayée par une autre tempête le 15 octobre, moins d'un mois plus tard.

Le Nascopie est demeuré aux fonds des eaux pendant près de cinquante ans jusqu'à ce que des plongeurs, dirigés par Paul Beilstein, le découvrent. L'équipe de plongeurs a placé une plaque sur le récif pour honorer le navire et pour commémorer le 50e anniversaire du naufrage, en 1997.

 

Réplique du Nascopie construite par Bill Ballenger, 2004

Le Nascopie est un symbole de la souveraineté du Canada sur l'Arctique et du rôle clé que la Compagnie de la Baie d'Hudson y a joué. Pour lui rendre hommage, la Compagnie de la Baie d'Hudson a demandé à Bill Ballenger d'en faire une maquette, laquelle est maintenant en montre dans la Galerie Hbc, à Montréal, la ville qui a longtemps été le port d'attache du navire.