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Silence! On tourne...

Laird Cregar, acteur du film Hudsons Bay, vers 1940

Laird Cregar, acteur du film Hudson’s Bay, vers 1940
ACBH 1987/363-M-67/7

Quand le septième art est né, le public était heureux d'assister, moyennant quelques sous, à des scènes filmées telles que L'arrivée d'un train en gare ou Le déjeuner sur l’herbe. Cependant, dès l'arrivée du XXe siècle, l'auditoire devient plus exigeant. Tout comme aujourd’hui, les gens souhaitent oublier leur quotidien pour plonger dans un nouvel univers. C'est ainsi que naît le cinéma narratif ou, tout simplement, l’art de raconter des histoires sur grand écran. Les scénarios deviennent plus complexes et la technique cinématographique se perfectionne. Hollywood se met alors en frais de dénicher des thèmes originaux. Un choix tout indiqué se trouve tout près, juste au nord : le Canada. La Compagnie de la Baie d'Hudson entre en scène.

Les premières références filmiques à la Compagnie que nous avons pu retracer remontent à 1915, dans une production intitulée Alice of Hudson’s Bay. Malheureusement, nous n'avons pu trouver le synopsis de ce film, mais il est fort probable qu'il s'agissait des aventures romanesques d'une jeune héroïne dans les forêts sauvages du Canada. Parions aussi que le film a été tourné à des lieues d'ici. Jusqu'aux années 1950, Hollywood se débrouille pour tourner ses grandes épopées canadiennes sans jamais traverser la frontière. Il est toujours beaucoup plus facile et économique de tourner près de Hollywood ou de récréer le décor en studio.

Les personnes qui apprécient les œuvres de John Ford (La prisonnière du désert, La chevauchée fantastique, Les raisins de la colère) seront heureuses d'apprendre que ce réalisateur a des liens avec la filmographie de la Compagnie. En 1923, Ford a réalisé un film intitulé North of Hudson Bay — en français, Le pionnier de la baie d'Hudson. Le titre provisoire de la production en tournage était Journey of Death (littéralement : Voyage vers la mort)! Au Royaume-Uni, ce film muet fut présenté sous le titre : North of the Yukon. On comprendra que le lieu exact de l'action n'avait pas grande importance. La vedette du film était Tom Mix, étoile du western.

Paul Muni, acteur du film Hudsons Bay, vers 1940

Paul Muni, acteur du film Hudson’s Bay, vers 1940
ACBH 1987/363-M-67/8

La contribution la plus importante de Hollywood à la notoriété de la Compagnie de la Baie d'Hudson remonte peut-être à 1940. Les studios de la 20th Century Fox financent alors une grande production intitulée Hudson’s Bay (inédit en français). Le titre est en soi assez explicatif, mais voici un résumé du film en quelques lignes :

D’exploits en aventures, deux coureurs des bois, Radisson et des Groseilliers, luttent pour établir une compagnie de traite des fourrures. Leur tentative préliminaire de s'associer aux Français leur vaudra d'être arrêtés et emprisonnés. Grâce à leur esprit et à leur adresse, les deux hommes s'échapperont et parviendront à conclure une entente avec le prince Rupert et le roi Charles II. Tous en seront ravis. Fin.

Dans cette réalisation, il faut avouer que les scénaristes n’ont pas précisément exploité les facettes les plus captivantes de la fondation de la Compagnie en 1670. C'est dommage et d’autant plus surprenant que le nom du rédacteur en chef du magazine The Beaver, Clifford Wilson, figure au générique du film à titre de conseiller technique. Pourquoi réaliser un long métrage de cette envergure? Allez comprendre, car il ne se passe pas grand chose au cours des 95 minutes que dure le film. À l’époque, la 20th Century Fox sentait peut-être le besoin de concurrencer les autres studios dans le domaine du film historique à grand déploiement. Ce genre avait la cote et dominait toutes les listes de projets. Le public adorait voir des productions aux décors et costumes somptueux. Autant en emporte le vent avait été présenté avec grand succès seulement un an auparavant. Les producteurs voulaient probablement profiter de la manne en réalisant un autre drame épique avec costumes. À cet égard, Hollywood n'a pas beaucoup changé au cours des années!

Vitrine promotionnelle lie au film Hudsons Bay, janvier 1941

Vitrine promotionnelle liée au film Hudson’s Bay, janvier 1941
ACBH 1987/363-M-67/9

Un coup d'œil à la distribution et à l'équipe du film Hudson’s Bay suscite un brin de nostalgie. Le réalisateur Irving Pichel avait co-réalisé, en 1932, le fameux thriller The Most Dangerous Game, en français : Les chasses du comte Zaroff. La distribution comprenait Paul Muni (Scarface), Gene Tierney (Laura), Vincent Price (La chute de la maison Usher, Édouard aux mains d'argent) et Nigel Bruce (Suspicion). Le directeur photo était George Barnes. Selon l'information provenant du site Internet Movie Database, Barnes a participé à 143 films, dont Rebecca, Jane Eyre, La maison du docteur Edwards, Les cloches de Sainte-Marie et La Guerre des mondes. Enfin, précisons que le film Hudson’s Bay n'a pas été tourné au Canada, mais plutôt en Idaho et dans les studios de la 20th Century Fox.

S'agit-il d'un bon film? Eh bien, ce n’est pas un désastre. La réalisation est honnête. Il n'y a pas grand chose d’autre à en dire, sinon que les Canadiens français y parlent avec un accent parfaitement ridicule… À propos du succès critique et financier de ce film, nous n'avons rien trouvé. Le fait qu'aucun autre film sur ce thème n'ait été produit depuis Hudson’s Bay est-il révélateur? Ce serait vraiment dommage, car les récits passionnants ne manquent pas au sujet de la Compagnie de la Baie d'Hudson.