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Le bastion de Nanaimo

 

Bastion de Nanaimo, 2007

Plus de 150 ans après qu'un chef autochtone ait révélé un secret au sujet des «pierres noires qui brûlent», le bastion original de Nanaimo, composé de trois étages, demeure le plus célèbre point d'attraction de la ville et est le plus ancien fort Hbc autonome en Amérique du Nord.

 

 

La découverte de charbon à Nanaimo coïncide avec le déclin des activités de Hbc sur l'île de Vancouver, tendance marquée par l'incapacité de la Compagnie de satisfaire à ses obligations coloniales, l'échec d'efforts miniers précédents à Fort Rupert et la menace de l'expansion américaine. Le succès d'une mine de charbon à Nanaimo remettrait Hbc sur le chemin de la rentabilité.

 

Les mines de charbon sont exploitées depuis 1835 dans la pointe nord-est de l'île, où Hbc établira plus tard Fort Rupert. Le bois représente bien sûr une source abondante de combustible, mais les forgerons ont besoin de charbon, qu'il faut importer à grands frais d'Angleterre. En outre, le remplacement des bateaux à voile par des vapeurs et la croissance rapide de la Californie créent une nouvelle demande et de nouveaux marchés pour le charbon.

 

Un jour de décembre 1849 à Fort Victoria, Chewichikan, chef des Snuneymuxw, observe un forgeron de Hbc en train de réparer son fusil; à un certain moment, l'homme jette du charbon dans le feu. Chewichikan demande au forgeron où il se procure le charbon et apprend qu'il provient d'Angleterre. Amusé, le vieux chef fait la remarque qu'il est idiot de faire venir les pierres noires de si loin alors qu'il y en a en abondance là où il vit. Les autorités de la Compagnie offrent à Chewichikan une réparation gratuite de son fusil et une bouteille de rhum s'il leur apporte des échantillons de la «pierre qui brûle». Le printemps suivant, Chewichikan revient dans un canot débordant de charbon de bonne qualité. Il reçoit sa récompense, de même qu'un nouveau surnom : «Coal Tyee», ou «chef du charbon».

 

James Douglas, agent principal de Fort Victoria, demande immédiatement au commis Joseph W. McKay d'exercer un suivi. Au début de mai, McKay dirige un groupe de prospecteurs, accompagné de Coal Tyee, vers une région appelée Wentuhuysen Inlet, sur les rives de Nanaimo Harbour. C'est là que McKay découvre la veine Douglas : trois gisements situés à Nanaimo Harbour, Newcastle Island et Commercial Inlet. Au cours des 28 années qui suivent, ces gisements donneront des millions de tonnes de charbon de bonne qualité.

 

Cependant, au cours de l'été 1850, Nanaimo est temporairement oublié en raison des problèmes qui sévissent à Fort Rupert. Hbc a recruté des mineurs experts et leurs familles en provenance des Orcades et du comté écossais d'Ayrshire, avec des contrats de trois ans. Parmi les premiers d'entre eux figure John Muir, 49 ans, embauché à titre de gestionnaire de la mine. À leur arrivée, les travailleurs constatent que la mine ne fonctionne pas, que le charbon n'est pas de bonne qualité, qu'il y a des pénuries de nourriture et que les tribus autochtones en guerre constituent un danger; leur mécontentement les pousse à la grève. Les mines de Fort Rupert sont finalement abandonnées, de nombreux mineurs ayant rompu leur contrat pour se rendre dans les champs aurifères de la Californie. Les quelques mineurs qui restent déménagent à Fort Victoria.

 

En 1852 Douglas se rend à Nanaimo pour examiner la découverte de charbon de McKay. À son retour, il est enthousiasmé et ordonne à McKay de «se rendre le plus rapidement possible jusqu'à Wentuhuysen Inlet» afin de prendre possession des couches de charbon au nom de Hbc.

 

 

Poste de ravitaillement en charbon de Nanaimo, île de Vancouver, 1859

Edward Panter-Downes, Bibliothèque et Archives Canada, no compte 1997-15-1

Un petit contingent quitte Fort Victoria à bord du Cadboro, dont Muir, qui sera de nouveau nommé gestionnaire à l'arrivée des hommes, le 6 septembre. Entre-temps, McKay supervise la construction de sept huttes en rondin avec toit en écorce pour loger les familles le long du cours d'eau; pour sa part, Hbc ouvre un magasin et érige des quais de chargement. Seulement quatre jours plus tard, le 10 septembre 1852, les 480 premières tonnes de charbon de Nanaimo sont chargées sur le Cadboro et expédiées à Victoria. La majeure partie du charbon provient de veines de surface et est chargée par les Snuneymuxw, qui reçoivent une couverture de deux points et demi et d'autres biens contre vingt barils de charbon.

 

 

Les paisibles Snuneymuxw étaient heureux d'aider Hbc, mais les nouveaux venus s'inquiètent des raids menés par des tribus ennemies, particulièrement les Haida qui viennent du Nord. Douglas demande à McKay d'ériger un bastion où se réfugieront les travailleurs. La construction commence le 3 février 1853. Aidés par un groupe de Snuneymuxw, les ouvriers coupent des bûches à la main et utilisent des haches et des herminettes pour façonner les billots de 16 pieds. Les billots qui composent le bastion octogonal d'une hauteur de 36 pieds sont attachés au moyen de chevilles de bois, selon une méthode appelée «poteau-sur-sole», développée par les Canadiens français.

 

Le toit est fait d'argile renforcé au moyen d'écorce de cèdre et peint avec de la chaux tirée de coquillages. Plus tard, il sera réparé au moyen de bardeaux de cèdre faits à la main. Les huit ouvertures du bastion sont couvertes de lourds volets faits de planches ayant une épaisseur de deux pouces. On peut glisser de longs fusils dans les ouvertures et les utiliser. Située au rez-de-chaussée, l'entrée unique est défendue par une porte massive articulée sur de lourdes charnières. Une cloche est suspendue au-dessus de la porte.

 

Hbc utilise le rez-de-chaussée comme bureau et comme magasin. Plus tard, il servira de prison pour une courte période. Le deuxième étage abrite l'arsenal. On y trouve des mitrailles et d'autres types de munitions; sur les côtés du bâtiment, des portes dérobées mènent à deux canons de six livres. Les fusils sont principalement utilisés pour saluer ou pour annoncer l'arrivée du gouverneur Douglas. Parfois, on tire au canon dans la forêt de l'autre côté du port pour intimider les autochtones ou, en cas d'urgence, pour prévenir une bataille entre tribus en guerre. La majeure partie du troisième étage abrite les colons et offre une bonne vue pour tirer sur l'ennemi au sol. La construction du fort se termine en 1854.

 

 

Nanaimo, 1876

Bibliothèque et Archives Canada, no compte 1993-346-4

En novembre de cette année-là, 27 familles de mineurs arrivent d'Angleterre à bord du navire Princess Royal. La communauté en pleine expansion qui entoure le bastion porte le nom de Colville jusqu'en 1860; elle est ensuite renommée «Nanaimo», ce qui signifie «lieu de rencontre» dans le dialecte autochtone local. Dès 1874, la ville compte 1 000 résidents. Pendant neuf ans, Hbc exploite la mine sous le nom de Nanaimo Coal Company, avant de la vendre en 1862 à une entreprise britannique, la Vancouver Coal Mining and Land Company, pour 40 000 $. À ce moment, 55 000 tonnes de charbon ont déjà été extraites de la mine; cette quantité doublera dès 1866.

 

 

En 1891, le bastion déménage de l'autre côté de la rue, à la demande de la personne ayant acquis la terre. En 1974, les résidents se regroupent pour préserver l'édifice lorsqu'il est question de le démolir lors de l'élargissement de la rue Front. Le bastion est alors déplacé à son emplacement actuel. Le 2 décembre 1985, le bastion est déclaré bâtiment patrimonial de la municipalité. Il s'agit du bâtiment le plus vieux de Nanaimo et du plus ancien édifice de ce type ayant appartenu à Hbc en Amérique du Nord. Le Musée de Nanaimo gère ce musée unique.