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Margery Steele, pionnière de la mode

Margery Steele, vers 1967

En septembre 1946, après avoir répondu à une offre d'emploi de la maison Simpson, Margery Steele est embauchée comme conseillère spécialisée en tissus. Diplômée du Letchford Studio of Fashion Careers, elle a reçu une formation complète en matière de mode : couture, coupe, ajustement, confection et création. Son poste chez Simpson, au salaire hebdomadaire de 22,50 $, prend vite de l'ampleur et ses responsabilités s'accroissent. Dix ans plus tard, elle devient coordonnatrice de mode du magasin et, en 1962, elle commence à acheter pour le Salon St. Regis. En 1971, après la transformation du Salon, on proposera à Margery Steele le poste d'acheteuse de créations couture. Durant l'ensemble de sa carrière chez Simpson et à la Baie, elle aura travaillé dans 32 services et rayons différents.

À la direction du prestigieux Salon St. Regis, Margery Steele a guidé les choix vestimentaires des gens de la haute société et du monde des affaires de Toronto pendant des années. Pour les besoins de son travail, l'acheteuse de créations couture doit se rendre à New York toutes les deux ou trois semaines et assister aux grandes premières dans les capitales de la mode en Europe. Bien que ce travail puisse sembler prestigieux aux yeux des profanes, le monde de la mode peut aussi être exténuant. Outre le rythme trépidant, il n'est pas de tout repos de sélectionner des vêtements parmi les plus chers au monde. Qu'à cela ne tienne, Margery Steele n'est pas du genre à se laisser intimider. Elle sait qu'elle peut compter sur son infaillible sens du style (son nom a figuré sur les palmarès des gens les plus élégants, publiés par les journaux de Toronto). De plus, Steele a toujours privilégié une approche sensée dans son travail d'acheteuse. Ainsi qu'elle l'expliquait dans une entrevue donnée en 1971 : «J'achète toujours des vêtements en pensant à certaines femmes. Évidemment, ces femmes ne vont pas nécessairement choisir ces vêtements, mais si nous achetons pour une personne réelle, il y a de fortes chances que le vêtement plaise à une cliente.»

Margery Steele en voyage d’affaires, 1971

Si Margery Steele est capable d'acheter pour des femmes en particulier, c'est que son travail va bien au delà de la sélection des articles qui seront vendus au Salon. À son avis, pour être un acheteur efficace il faut d'abord être un bon vendeur. Lorsqu'elle est à Toronto, elle passe une grande partie de son temps avec ses clientes. Elle connaît leurs préférences et la silhouette de chacune. Ses talents de conseillère dépassent le seuil de la mode. «Je leur ai fait teindre leurs cheveux, perdre du poids, porter de nouvelles couleurs. J'adore transformer les gens, leur donner une allure fabuleuse, et pour ce faire, il faut savoir vendre.»

Manteau Geoffrey Beene, vers 1960

Ainsi, Margery Steele n'hésite pas à conseiller un changement de look lorsqu'elle le juge avantageux et elle demeure à l'affût des nouveautés de la mode — elle a été la première à présenter au Canada les créations de la New‑Yorkaise Carolyne Roehm, protégée de Oscar de la Renta, et de Geoffrey Beene. Pourtant, elle‑même ne suit pas les vogues éphémères. Elle préfère les vêtements simples, chic et de bonne coupe. Chaque pièce doit être d'une confection irréprochable et taillée dans un tissu de qualité. Son goût pour la simplicité et le style se manifeste aussi dans le choix de sa coiffure, qu'elle refuse de changer constamment afin de suivre la mode. Elle croit que «si l'on adopte une coiffure simple et seyante, il est bon d'être fidèle à son image».

Sur le plan professionnel, sa capacité d'adaptation et son respect de la tradition ont été remarquables. Au cours des années, elle s'est adaptée à l'évolution de la clientèle du Salon. Au début, la majorité des clientes provenaient de l'élite torontoise, puis les choses ont changé. De plus en plus, le Salon a attiré des femmes de carrière, directrices de compagnies ou cadres supérieures. Leurs besoins étaient fort différents et le Salon a su y répondre. Une seule chose n'a pas changé toutefois : la qualité du service offert aux clientes. Margery Steele a toujours exigé que les membres de son équipe aient d'excellentes manières, et elle‑même ne s'est jamais permis le port du pantalon au Salon. Lorsqu'on lui a demandé son opinion sur la nouvelle tendance des vendredis décontractés au travail, elle a répondu d'emblée : «C'est une excuse facile».

On a souligné de diverses manières la contribution de Margery Steele au monde de la mode et à la Compagnie. En 1994, elle a été saluée comme une étoile de la mode lors de la première édition du gala Fashion Group International, à Toronto. À son décès, en 1999, des affiches commémoratives ont été installées dans les vitrines du magasin la Baie de la rue Queen, à Toronto, et une bourse d'étude a été créée en son nom au Ryerson School of Fashion, commanditée par la fondation de bienfaisance de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Ainsi que l'exprimait un hommage rendu à cette femme : «Margery Steele fut un modèle de femme, une styliste à nulle autre pareille, une avocate de la mode, une protectrice des arts de la mode, une confidente pour ses clientes, une amie».

Aperçu de sa carrière :

9 septembre 1946      Date d’embauche chez Simpsons

29 décembre 1947    Conseillère pour la mariée

6 juillet 1953              Conseillère principale pour la mariée

2 juillet 1956              Coordonnatrice de mode

4 juillet 1956              Coordonnatrice de mode, chef de section

23 avril 1962             Acheteuse adjointe

1er janvier 1968         Acheteuse

1er décembre 1971    Superviseure, Achats

1 juin 1976                Directrice divisionnaire, Achats

28 juillet 1980           Directrice générale, Achats, Salon et fourrures

4 avril 1984               Directrice, Achats, Salon