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Charles II, le monarque «joyeux»

Octroi de la charte royale par le Roi Charles II en 1670, par E.A. Cox, 1920

Le 2 mai 1670, le roi Charles II octroie une charte royale à la Compagnie de la Baie d'Hudson. Prérogative de la Couronne, une telle charte est, dans les faits, un cadeau personnel du roi aux premiers investisseurs de Hbc. Mais qui est ce généreux bienfaiteur?

Aîné des fils survivants du roi Charles Ier et de la princesse Henriette-Marie de France, Charles II naît en 1630. Le règne de son père est marqué par une série de calamités qui commence par son refus de traiter avec le Parlement; pendant onze ans, le Parlement ne siège pas, puis la situation dégénère en guerre civile. La croissance des populations protestantes en Angleterre et en Écosse exacerbent les divisions religieuses, en raison de mésententes de plus en plus importantes avec le roi catholique.

En 1642, la guerre éclate entre les royalistes, connus sous le nom de Cavaliers, et les défenseurs du parlementarisme (appelés Roundheads à cause de la forme de leurs casques); elle se poursuivra jusqu'à la défaite des forces royalistes en 1645. Charles 1er se rend aux Écossais; ceux-ci le livrent au Parlement, qui l'emprisonnent, lui font un procès pour trahison et l'exécutent finalement en 1649. À l'âge de 19 ans, Charles, soldat d'expérience dans l'armée de son père, s'exile en France.

Le Parlement gouverne le pays. Oliver Cromwell, orateur puritain et créateur de la nouvelle armée, est aux commandes. Pendant la décennie qui suit, sa mainmise sur l'état croît et est de plus en plus efficace, surtout une fois qu'il est fait lord protecteur en 1653. Entre-temps, Charles II est sacré roi d'Écosse en 1651. Plus tard au cours de la même année, il mène 10 000 Écossais à une cuisante défaite aux mains de Cromwell à Worcester, dans une futile tentative de reprendre son trône. Il s'enfuit de nouveau en Europe. Mais le temps joue en sa faveur : Oliver Cromwell meurt en 1658 et le protectorat passe aux mains de son fils Richard. Des plans pour restaurer la monarchie se mettent en marche presque immédiatement.

Le général George Monck, qui contrôle l'armée et siège au Parlement, est en bonne position pour orchestrer le retour de Charles. La Déclaration de Breda, que Charles émet en mai 1660 et qui énonce les conditions en vertu desquelles il accepterait de servir à titre de roi, est acceptée par le Parlement et Charles arrive à Londres le 29 mai 1660, jour de son 30e anniversaire. Après des années de guerre et de soulèvement, les attentes sont grandes. Seulement neuf des personnes complices dans la mort de son père sont exécutées; les autres reçoivent leur pardon. Les achats de terres effectués pendant l'intérim sont confirmés et la liberté de religion semble vouloir donner le ton à un règne prometteur. Mais la malchance ainsi que la débauche du nouveau roi assombriront son règne.

En 1665, Londres est le théâtre d'une épidémie de peste bubonique qui tue entre 70 000 et 100 000 personnes. Puis, en septembre 1666 se produit le grand incendie de Londres : la ville brûle pendant cinq jours et est réduite en ruines presque au deux tiers; 200 000 personnes perdent tout. L'année suivante, les Anglais subissent une série de défaites navales aux mains des Hollandais; la capture du navire amiral Royal Charles en est le point culminant. Tous ces événements ont un effet négatif sur l'économie de l'Angleterre. Le pays aurait besoin d'un dirigeant consciencieux qui prend son rôle au sérieux et fait passer les intérêts de la nation avant les siens. Charles II ne se révèlera pas être ce genre de personne.

Il affiche au contraire un mélange particulier de paresse, d'indifférence et d'indulgence sentimentale. Toujours à court d'argent, Charles s'en procure comme il peut, là où il le peut. Son mariage en est l'exemple parfait. Après son retour sur le trône, de nombreuses prétendantes se manifestent pour devenir reine. Le choix ultime de l'infante portugaise Catherine de Bragance s'explique presque certainement par l'importance de sa dot, soit 50 000 livres, montant égalé par le roi de France, Louis XIV. De fait, Charles demeurera «rentier» du roi Louis pendant de nombreuses années.

Sa Majesté le roi Charles II, par Sir Peter Lely, date inconnue

Huile sur toile

Alors que pendant des années, son père, Charles Ier, avait réussi à assurer sa sécurité financière sans l'aide du Parlement, en partie grâce à la vente de lucratifs monopoles, Charles II semble incapable d'en faire autant, du moins en ce qui concerne Hbc. De fait, plutôt que de gagner de l'argent grâce à l'octroi de la charte à Hbc, Charles décide d'une rente de deux élans et deux castors noirs au cas, bien improbable, où le souverain se rendrait en Terre de Rupert. Cet événement est effectivement si improbable qu'il ne se produira pas avant 227 ans! Pourquoi consentir de telles conditions à Hbc? Peut-être le fait que le cousin du roi, le prince Rupert, était gouverneur de la Compagnie et que la plupart des premiers actionnaires jouaient un rôle important dans son gouvernement n'y est pas totalement étranger.

Charles consacre la majeure partie de son argent à faire vivre ses maîtresses et leurs enfants. Malgré le fait qu'il demeure marié à Catherine de Bragance jusqu'à sa mort, le couple n'a pas d'enfants. Mais il a au moins quinze maîtresses connues, souvent plusieurs à la fois, et reconnaît la paternité de quatorze enfants illégitimes. Sa réputation de séducteur est à l'origine de son surnom de «monarque joyeux». Lucy Walter est la mère de son fils aîné, Jacques, qui deviendra plus tard duc de Monmouth et qui mènera une armée au combat contre son oncle catholique, le duc d'York, frère du roi. Barbara Villiers, Lady Castlemaine (qui deviendra plus tard duchesse de Cleveland), donne cinq enfants à Charles (trois garçons et deux filles). Sa maîtresse préférée est Nell Gwynn, ancienne vendeuse d'oranges et actrice. Plus de vingt ans les séparent, mais Nell demeurera fidèle à Charles jusqu'à sa mort.

Le règne de Charles est important tant en raison de la restauration de la monarchie que de l'établissement des partis politiques modernes. Les Whigs (Libéraux) renaissent des cendres des Roundheads; ce sont des propriétaires désireux d'élargir le commerce à l'étranger et de maintenir la suprématie du Parlement dans le domaine politique. Pour leur part, les Cavaliers deviennent les Tories : il s'agit de royalistes déterminés à préserver l'autorité du roi sur le Parlement. La tolérance du roi en matière religieuse permet au pays de se relever sans incident majeur. Mais cette tolérance ne durera pas : le frère et successeur de Charles, Jacques II perdra en effet son trône en raison de sa ferveur catholique.

Charles II meurt d'une hémorragie cérébrale à l'âge de 55 ans, le 6 février 1685. Il se convertit au catholicisme sur son lit de mort.

 

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