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Faade de magasin Zellers, vers 1942

Façade de magasin Zellers, vers 1942

Intelligent et travailleur, Walter Zeller était par-dessus tout un optimiste. Il n'avait pas le choix. En effet, il fallait être optimiste pour lancer une nouvelle entreprise de détail en 1931, alors que le monde tentait encore de se sortir de la dépression. Dans une lettre adressée à ses associés plus de 20 ans plus tard, il expliquait ses motifs : «J'étais convaincu que grâce à ses immenses richesses naturelles et à sa population courageuse et travailleuse, le Canada connaîtrait vite une période de prospérité». Il avait raison et, tout comme la nation, Zeller's Limitée en a profité.

L'histoire de Walter Zeller et de la formation de Zellers est assez simple, mais néanmoins intéressante. Walter Philip Zellers est né le 21 octobre 1890 à la ferme du comté de Waterloo (Ontario) que son arrière-grand-père avait achetée peu après son arrivée au Canada en provenance d'Allemagne. Le jeune Walter reste à la ferme jusqu'à ce que sa famille déménage à la ville voisine de Berlin (renommée depuis Kitchener), ou il fréquente l'école secondaire et travaille comme livreur. Réalisant que transporter des paquets ne représente pas une carrière intéressante pour lui, il tâte divers emplois au cours des années qui suivent jusqu'à ce qu'il trouve quelque chose qui, à ses yeux, présente de grandes possibilités : le commerce de détail.

En 1912, il commence à travailler pour la F.W. Woolworth Company à titre de manutentionnaire, mais il gravit rapidement les échelons. En 1914, on le retrouve chez Kresge, où il gagne moins d'argent mais a l'impression qu'il apprendra plus. Il doit alors déménager aux États-Unis pour des raisons professionnelles mais revient au Canada en 1923, au service de la chaîne de magasins Metropolitan. En 1926, cette société le mute de nouveau aux États-Unis; cette fois, il est directeur général des ventes de New York.

Walter P. Zeller, date inconnue

Walter P. Zeller, date inconnue

Dès 1928, Walter Zeller veut revenir au Canada et être son propre patron. Il ouvre un groupe de quatre magasins en Ontario : à London, St. Catharines, Fort William et Guelph, respectivement. Sa réussite attire rapidement des curieux et la société américaine Schulte-United Ltd. achète son entreprise. Apparemment, l'acheteur est beaucoup plus intéressé à mettre la main sur M. Zeller que sur des propriétés immobilières au Canada. Cependant, la dépression de 1929-1930 touche durement le secteur du commerce de détail, et Schulte-United fait faillite. Plutôt que de considérer cet événement comme un recul, M. Zeller y voit plutôt une occasion. Il rachète les propriétés canadiennes de Schulte-United, dont le nombre s'élève maintenant à 14. Il en ferme trois et, en 1932, Zeller's Limitée ouvre ses portes.

Quelle était la raison du succès de la Compagnie? Comme cela arrive souvent, il s'agissait d'une combinaison de facteurs. Le plus important était le fait que Zellers mettait l'accent sur les articles à prix populaires et s'efforçait d'offrir la mode de Fifth Avenue aux gens ordinaires. Un autre élément clé était le choix du personnel. M. Zeller avait en effet un don pour trouver et conserver les meilleurs employés, au point ou le Canadian Business Magazine, dans un article datant de 1944, soulignait l'attitude et la compétence du personnel, depuis les dirigeants jusqu'aux commis à la vente. Walter Zeller lui-même attribuait à ses associés une grande partie de son succès et était d'avis que leur moral était le meilleur atout de son entreprise. Il semble cependant évident qu'il était lui-même le meilleur atout de son entreprise.

Les adjectifs suivants étaient souvent utilisés pour décrire Walter Zeller : énergique, direct, magnétique. On l'a souvent comparé à un homme qui, dans un escalier roulant, était impatient d'atteindre le sommet : plutôt que d'attendre d'arriver à destination, il monte lui-même les marches deux à la fois. Avec toute son énergie, Walter Zeller se rendait souvent dans ses magasins et avait toujours le temps de parler à ses associés. Il leur écrivait des lettres et des messages de Noël chaque année. Son message de 1942 incluait des remerciements sincères à «quatre des braves employés de Zellers engagés dans les forces armées» qui étaient décédés, et chacune de ces personnes était nommée. Ce message avait dû être particulièrement difficile à écrire, étant donné que les deux fils de M. Zeller participaient à cette époque à l'effort de guerre; l'un d'entre eux combattait déjà outre-mer.

Malgré le rôle actif qu'il jouait dans son entreprise, M. Zeller avait également le temps de s'occuper des autres. Pendant la guerre, il a été directeur sans affectation du comité d'épargne de guerre et a également été conseiller spécial du président du conseil de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre. Il était également étroitement associé au YMCA, dont il a été administrateur à Montréal, et au Club Kiwanis, à titre de président et gouverneur du district Québec-Ontario-Maritimes.

Identité visuelle Zellers, vers 1962

Identit visuelle Zellers, vers 1962

Malgré toutes ses responsabilités, M. Zeller consacrait également du temps à sa famille. En 1912, il avait épousé Nettie Lewis, qui lui a donné deux fils : C. Edward (également nom du frère de Walter) et Warren.

Conformément à la politique de sa Compagnie, Walter Zeller a pris sa retraite en 1955, à l'âge de 65 ans. Il est mort en 1957 et a été enterré à Montréal, où se trouvait le siège social de Zellers et où il vivait depuis un certain temps. Son influence se fait toutefois encore sentir, surtout dans la région où il est né. L'église du Bon pasteur de Kitchener (Ontario) comporte en effet un vitrail à sa mémoire; de plus, en 2000, l'Oktoberfest de Kitchener-Waterloo a lancé une pièce de monnaie de deux dollars à son effigie. Le nom de Walter Zellers a également continué d'orner des magasins et des sacs de magasinage partout au Canada pendant plusieurs décennies par la suite.