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Sir George Simpson, par Stephen Pearce, 1857
Huile sur toile, étirée sur panneau

Sir George Simpson, par Stephen Pearce, 1857
Huile sur toile, étirée sur panneau

George Simpson est né vers 1787 à Lochbroom, en Écosse. Il manifeste dès l'enfance un talent pour les mathématiques. En 1812, son oncle, Geddes Mackenzie Simpson, le prend comme apprenti dans son entreprise de commerce du sucre, Graham & Simpson. George a l'esprit vif et ordonné, et apprend rapidement. Ses aptitudes impressionnent grandement ses patrons, particulièrement l'un des associés, Andrew Wedderburn, qui s'était joint à l'entreprise lorsque Graham & Simpson avait fusionné avec Wedderburn & Company en 1812. Sa rencontre avec Wedderburn changera le cours de la vie de George Simpson.

Wedderburn, qui adopte le nom de Colvile en 1814, met Simpson en contact avec la Compagnie de la Baie d'Hudson. Sa sœur Jean avait épousé Thomas Douglas, Lord Selkirk, en 1807. Selkirk devient rapidement l'actionnaire majoritaire de Hbc et fait entrer son beau-frère à la Compagnie, d'abord comme actionnaire en 1808, puis comme membre du comité de direction en 1809. Puis en 1820, alors que Simpson est encore au début de la trentaine, Andrew (Wedderburn) Colvile le recommande pour occuper le poste de remplaçant du gouverneur en chef de la Terre de Rupert. La Compagnie accepte. Colvile demeurera l'ami et le mentor de Simpson jusqu'à la fin de ses jours; lui-même servira la Compagnie à titre de gouverneur adjoint (1839-1852) et de gouverneur (1852-1856). La carrière de Simpson bénéficie de l'influence d'un membre aussi important du Conseil d'administration.

En 1820, Simpson est envoyé en Athabaska, alors frontière du commerce nord-américain des fourrures et endroit clé dans la guerre commerciale de plus en plus violente qui oppose la Compagnie de la Baie d'Hudson à la Compagnie du Nord-Ouest. De fait, le poste de Simpson, remplaçant du gouverneur de la Terre de Rupert, doit sa création à des événements récents. Londres craint en effet que le gouverneur actuel, William Williams, ne soit gravement en danger.

Derrière une façade terne, Simpson cache une volonté d'acier et sa conduite en Athabaska témoigne de sa grande force de caractère. Il consacre ses énergies à la promotion de l'économie et de la discipline, deux qualités qui avaient brillé par leur absence pendant que les hostilités étaient à leur sommet. Son rendement lui vaut l'admiration de ses employeurs. Il démontre une remarquable capacité à maîtriser les problèmes du commerce et à gérer le personnel. Lorsque HBC et la Compagnie du Nord-Ouest fusionnent l'année suivante, il est normal que Simpson joue un rôle important. Une carrière des plus prometteuses vient de commencer.

Fort St. James (C.-B) James Douglas accueille le gouverneur George Simpson, le 7 septembre 1828, par Adam Sherriff Scott, vers 1931

Fort St. James (C.-B) – James Douglas accueille le gouverneur George Simpson, le 7 septembre 1828, par Adam Sherriff Scott, vers 1931

En vertu des dispositions de la fusion, la Compagnie est scindée en deux régions administratives : le département du Nord et le département du Sud, qui ont chacun leur propre gouverneur. Le commerce des fourrures est particulièrement rentable dans le département du Nord, qui couvre une superficie allant de la région à l'ouest de Rainy Lake et Fort Albany jusqu'à la côte du Pacifique. Londres voudrait que William Williams soit gouverneur principal et assume la responsabilité du département du Nord. Williams préfère cependant se charger du département du Sud, laissant ainsi à George Simpson le soin d'occuper le poste le plus prometteur.

L’entreprise nouvellement fusionnée peut compter sur 173 postes de traite : 76 établis par HBC et 97 par la Compagnie du Nord-Ouest. L’efficacité et la rentabilité de bon nombre d'entre eux laisse toutefois à désirer, tandis que d’autres se font directement concurrence. Il est clair qu’une rationalisation s’impose. Simpson commençe par réorganiser la totalité des activités de traite. Il impose un nouveau régime basé sur l’«économie» : très vite, les affaires de la Compagnie prennent un caractère ordonné et efficace qui contraste avec le chaos antérieur, et les bénéfices sont bientôt au rendez-vous. La supervision du personnel se révèle toutefois délicate, car beaucoup de cadres supérieurs se sont livré une lutte féroce dans les années précédant 1821.

Simpson met fin aux commandes de «petites gâteries» réservées aux cadres, commence à tenir les comptes de manière professionnelle et met à la retraite des cadres plus âgés qui n’ont plus leur place. Si deux postes de traite se font concurrence, il en ferme un. Graduellement, les postes deviennent des sites permanents le long du réseau de transport, au lieu d’être constamment relocalisés.

George Simpson fait preuve de beaucoup de doigté pour amener diverses personnes au tempérament fort à adopter ce nouveau mode de fonctionnement. Les promotions sont accordées au mérite et Simpson étudie minutieusement le potentiel et les qualités de chacun de ses négociants en fourrures. Il note froidement toutes ses observations sur chacun d’eux dans un carnet surnommé «Character Book». Les cadres comprennent rapidement qu’en se rebellant contre lui, ils ne font que nuire sérieusement à l’avancement de leur carrière.

Portrait miniature de Frances Simpson, artiste et date inconnus

Portrait miniature de Frances Simpson, artiste et date inconnus
ACBH Album 10/82

En 1824, le comité de Londres décide de livrer une concurrence plus vive aux Américains dans le «district du Columbia», comme on appelle alors la région à l’ouest des Rocheuses. Il ordonne à Simpson de s’y rendre et d’y implanter des mesures garantes d’un fonctionnement économe et efficace. Le «petit empereur» (comme on l’appelle alors, autant en raison de sa petite taille que de ses manières à la Napoléon Bonaparte) s’avère un voyageur émérite dont les déplacements incessants, en canot et à cheval, l’amènent à parcourir le continent dans tous les sens.

Le 15 août 1824, il quitte York Factory en canot, puis traverse le col Athabasca en route vers le district du Columbia. Au sommet de ce col, Simpson est éberlué d’apercevoir les cours supérieurs de deux petites rivières qui se jettent chacune dans un cours d’eau majeur – l’une allant rejoindre le fleuve Athabasca, et l’autre le fleuve Columbia. Il donne à ce bassin entouré de montagnes le nom de «Committee's Punchbowl» en l’honneur du comité de HBC à Londres. Le site deviendra plus tard un lieu d’arrêt prisé des voyageurs. Simpson arrive à Fort George (Astoria, en Oregon) le 8 novembre; il lui aura fallu seulement 84 jours pour parcourir ce trajet soit 20 jours de moins que le record établi antérieurement. L’année suivante, il ouvrira le «Carlton Trail», sentier terrestre de près de 1 450 km (900 milles) reliant Upper Fort Garry à Edmonton House.

Lors de son séjour sur la côte pendant l’hiver 1824-1825, Simpson entame une campagne visant à contrer les Russes par le développement de la traite le long de l’océan vers le nord. Il lutte aussi contre les Américains, dont le commerce côtier mené à partir de navires et les activités dans la région du Nord-Ouest du Pacifique (surtout dans le bassin de la rivière Snake), «menacent» l’emprise de HBC. Ces initiatives stratégiques permettront ultérieurement à HBC de dominer le commerce des fourrures du fleuve Columbia jusqu’à l’Alaska.

En 1826, Simpson est nommé gouverneur des deux départements, celui du Nord et celui du Sud, dans la Terre de Rupert et il choisit d’installer son quartier général à Lachine. Deux ans plus tard, en 1828, il entre de nouveau dans la légende en parcourant en canot la distance séparant York Factory de Fort Vancouver (situé dans ce qui est aujourd'hui l'état de Washington). Il entreprend notamment ce voyage pour déterminer si la route suivant le fleuve Fraser jusqu’au Pacifique peut devenir un itinéraire de remplacement (en territoire britannique) à celui du fleuve Columbia. Il parcourt ainsi plus de 11 265 km (7 000 milles), se dirigeant d’abord vers le nord en passant par Fort Chipewyan le long du lac Athabasca et la rivière de la Paix, pour enfin traverser les Rocheuses vers le cours supérieur du fleuve Fraser. Son groupe se scinde alors en deux : Simpson continue par voie terrestre jusqu’à Kamloops, tandis que le reste de ses hommes suit le cours du Fraser jusqu’à la fourche de la rivière Thompson, où ils retrouvent Simpson. Le groupe réunifié descend ensuite la rivière dans deux canots jusqu’au détroit de Georgie, pour ensuite suivre la côte du Pacifique jusqu’à Puget Sound et se rendre finalement par voie terrestre jusqu’à Fort Vancouver. Ils y arrivent le 25 octobre, après être partis de York Factory le 12 juillet; il s’agit alors du voyage le plus long à avoir jamais été complété en une seule saison en Amérique du Nord.

Le conseil du Département du nord de la Terre de Rupert se réunit à Norway House, 21 juin 1836, par Charles Comfort, vers 1934

Le conseil du Département du nord de la Terre de Rupert se réunit à Norway House, 21 juin 1836, par Charles Comfort, vers 1934

Simpson demeure sur la côte du Pacifique jusqu’au printemps 1829. À son retour, il passe par Norway House et Moose Factory pour rencontrer les Conseils de ses deux départements. Il se dirige ensuite vers Lachine, où il arrive à la fin d’août. Dans une lettre envoyée en juin de Red River à Andrew Colvile, son protecteur au Conseil de HBC, il mentionne vouloir se rendre en Angleterre pour consulter des médecins. Mais ce prétexte dissimule en fait une intention plus pressante, soit trouver une épouse «convenable» (c’est-à-dire d’origine européenne). Il a depuis longtemps pris l’habitude d’entretenir des relations à la façon du pays avec les femmes autochtones, mais il lui faut songer à se ranger avec l’arrivée de l’âge mûr. C’est ce qu’il fait avec sa célérité habituelle : après son arrivée à Londres en octobre 1830, il épouse sa cousine Frances Simpson, âgée de 18 ans, qui est la fille de celui qui lui avait donné son premier emploi, son oncle Geddes Mackenzie Simpson.

Fidèle à lui-même, Simpson fait de son «voyage de noces» une aventure, dans laquelle il fait parcourir à sa jeune femme la moitié du continent en canot. Ils aboutissent finalement à Red River, où Simpson ordonne prestement la construction d’un tout nouveau fort de pierre – Lower Fort Garry – qu’il veut utiliser comme résidence officielle pour lui et Frances. Mais Frances manifeste peu de goût pour la vie dans les contrées sauvages et rentre en Angleterre en 1833. Elle y demeurera pendant les 5 années suivantes.

Sous la direction ferme de George Simpson, HBC connaît stabilité et rentabilité. Bien qu’il existe des conseils pour chaque département de la Compagnie et que les cadres supérieurs se réunissent théoriquement pour discuter de stratégie commerciale, Simpson décide de tout et se comporte comme un véritable vice-roi. Grâce aux liens privilégiés de Simpson avec le comité de Londres et à la grande confiance que ce dernier a en lui, le département du Nord peut devenir le segment administratif dominant de HBC au Canada. Il fixe les règles régissant le commerce des fourrures, s’occupe de discipline, décide des congés à accorder et fait des recommandations au comité de Londres à l’égard des promotions et des mises à la retraite. Pour lui, toute réunion est une simple occasion de donner des directives en personne à ses subalternes. Un agent principal dégoûté s’en plaint d’ailleurs en ces termes :

Aucune autre colonie de la Couronne britannique n’abrite une autorité aussi despotique que celle qui afflige aujourd’hui la colonie commerciale de la Terre de Rupert; l’autoritarisme digne d’un régime militaire s’y marie à une gouvernance stricte et à la parcimonie issue de la cupidité commerciale. Du Labrador à Nootka Sound, la volonté d’un seul homme ne connaît aucune limite et a force de loi… Il ne faut pas s’étonner qu’un homme bénéficiant de pouvoirs si grands en vienne à oublier ses humbles origines et à se comporter en véritable tyran.

Simpson a une vision très large du champ d’action de HBC, contrairement à bien des gens qui voient d’un œil suspect toute activité s'éloignant du commerce des fourrures. Simpson ne s’embarrasse d’aucune réserve : il accueille favorablement toute occasion d’accroître la rentabilité de l’entreprise. Sa détermination à établir des activités commerciales s’effectuant à partir de navires sur la côte nord-ouest du pays, afin d’en éloigner les négociants américains, a pour résultat la mise en service du S.S. Beaver, premier bateau à vapeur de la région du Nord-Ouest du Pacifique. Avec l’appui de membres du comité de Londres et de cadres supérieurs de HBC, il crée la filiale Puget Sound Agricultural Company afin de produire localement des denrées alimentaires permettant de répondre aux besoins de HBC et de réduire ainsi ses coûts d’exploitation.

Sir George Simpson, vers 1856-1860, copie Notman (1872) d'un daguerréotype HBCA 1987/363-S-25/7

Sir George Simpson, vers 1856-1860, copie Notman (1872) d'un daguerréotype HBCA 1987/363-S-25/7

En 1838, Simpson se rend à Saint-Pétersbourg en compagnie de Sir John Henry Pelly, gouverneur de HBC, pour négocier une entente avec la Russian American Company. Dans le contrat qui en résulte, signé en 1839 par Simpson et le baron von Wrangel, les Russes permettent à HBC d’œuvrer dans l’enclave alaskienne en échange de livraisons d’aliments frais au quartier général russe de Sitka. Cette entente a une si grande valeur pour les deux parties qu’elles en respectent les termes même pendant la guerre de Crimée de 1854-1855. À la suggestion de Simpson, les gouvernements britannique et russe conviennent même d’exclure la côte nord-ouest du Pacifique de la zone de conflit. Puis, pendant les années qui suivent la ruée vers l’or en Californie, HBC concède des droits commerciaux sur les glaciers de la côte nord-ouest à des marchands américains, qui y recueillent de la glace qu’ils expédient à San Francisco, ville alors en plein essor, où elle sert d'agent de conservation. Simpson vend aussi du saumon, du bois d’oeuvre et des canneberges (produits typiques du Nord-Ouest) à tout acheteur qui se montre intéressé – ses clients proviennent d’aussi loin que Honolulu et Tokyo.

En 1841, Simpson est fait chevalier par la reine Victoria en récompense de ses efforts (et donc de ceux de HBC) en vue de soutenir l’exploration de l’Arctique, plus précisément les expéditions de son propre cousin, Thomas, et de Peter Warren Dease, qui ont établi la carte d’une grande partie des régions du centre nord et de l’ouest de la côte arctique entre 1837 et 1839. Peu après, Sir George entame un périple par voie de terre autour du monde dans le cadre duquel il parcourt l’Amérique du Nord britannique, les régions asiatiques de la Russie et l’Europe. Il quitte Londres le 3 mars 1841, amenant avec lui (en raison de sa vue déclinante) un jeune secrétaire nommé Edward Martin Hopkins, conjoint de la célèbre aquarelliste Frances Anne Hopkins. Il traverse d’abord l’Amérique du Nord, faisant escale à Halifax, Boston et Montréal, puis continue par canot le long de la rivière des Outaouais. Il arrive à Fort Vancouver à la fin d’août. Le 1er septembre, il s’embarque sur le S.S. Beaver pour faire la tournée des postes de traite de la côte nord-ouest. Il fait ensuite un court séjour en Californie et à Hawaï. Il quitte Honolulu en février 1842 pour entreprendre la dernière portion de son périple, qui le voit traverser la Sibérie en direction de l’Europe et de Londres, où il arrive le 21 octobre. Le voyage complet lui prend à peine 19 mois et 19 jours.

Le gouverneur de la rivière Rouge, baie d'Hudson, voyageant en canot léger [sic]
Peter Rindisbacher/
Bibliothèque et Archives Canada/C-041512

Le gouverneur de la rivière Rouge, baie d'Hudson, voyageant en canot léger [sic]
Peter Rindisbacher/
Bibliothèque et Archives Canada/C-041512

Malgré son énergie prodigieuse et tout son talent, même Sir George Simpson ne peut conserver le territoire de l’Oregon pour HBC et la Grande-Bretagne. Depuis 1818, les autorités britanniques et américaines occupaient conjointement ce territoire, qui couvre alors à peu près la superficie actuelle des états de Washington, de l’Oregon, de l’Idaho, du Montana et du Wyoming. Elles renouvellent leur entente en 1827. Les politiques de HBC avaient réussi à tenir à distance ses rivaux dans le commerce des fourrures, mais l’afflux continu de colons américains par voie terrestre rend vite évident le fait que la plus grande partie de la région (sinon la totalité) sera bientôt attribuée aux seuls États-Unis. HBC y constitue la seule présence britannique et elle compte pendant longtemps pouvoir conserver les terres au nord du Columbia, à la lisière du 46e parallèle. Mais le tracé de la nouvelle frontière internationale, enfin fixé en 1846, suit plutôt le 49e parallèle, ce qui oblige Hbc à céder aux autorités américaines son lucratif département du Columbia.

Dans les dix dernières années de sa vie, George Simpson assiste à des changements radicaux qui marquent le début d’une nouvelle époque. La colonisation et le commerce des fourrures n’avaient jamais fait bon ménage. À preuve, dans les années 1840, la colonie de la rivière Rouge (créée par Lord Selkirk en 1811) est au centre d’un mouvement réclamant la liberté de commerce, menaçant ainsi le monopole de HBC. En 1849, Pierre-Guillaume Sayer, qui pratiquait le libre commerce, est libéré sans conditions, malgré ses activités illégales, en raison des pressions exercées par les Métis de la rivière Rouge. Cette décision met définitivement fin au monopole théorique de HBC.

Il devient de plus en plus évident que la mainmise de Hbc sur la Terre de Rupert finira aussi par être contestée. Certains Canadiens, notamment George Brown, rédacteur en chef du Globe de Toronto, affirment que ce territoire devrait être intégré à celui du Canada. À Londres, la Chambre des communes forme en 1857 un comité spécial chargé d’examiner tous les aspects des affaires de HBC. George Simpson y est convoqué comme témoin; il ne parvient pas à convaincre le comité que la Terre de Rupert ne convient pas à la colonisation, et ce dernier propose dans son rapport final que les districts de la rivière Rouge et de la Saskatchewan soient annexés à la province du Canada et ouverts à la colonisation. Mais comme le Canada ne dispose pas des ressources nécessaires à l’achat de ces territoires ou à la construction de liaisons ferroviaires avec eux, le statu quo prévaut pendant une autre décennie.

En 1858, George Simpson se rend à St. Paul (Minnesota) pour vérifier s’il est possible d’expédier les marchandises de HBC vers l’ouest par train, plutôt que de leur faire emprunter le chemin traditionnel passant par la baie d’Hudson. Sur la base de ses recommandations, le comité de Londres décide d’expédier une cargaison d’essai à partir de Montréal : celle-ci doit emprunter les chemins de fer canadien et américain jusqu’à St. Paul et être transportée de là par bateau à vapeur jusqu'à la rivière Rouge. L’expérience est des plus concluantes; après le décès de Simpson, ce trajet deviendra l'itinéraire principal pour les marchandises de HBC.

Au cours de l’été 1860, le prince de Galles (le futur roi Édouard VII) se rend au Canada. Simpson le reçoit en grande pompe dans son domaine de l’Île Dorval, près de Lachine. Il fait notamment venir des pagayeurs iroquois portant peintures de guerre, plumes et costumes écarlates. Trois jours plus tard, soit le 1er septembre, il est victime d'une attaque d’apoplexie. Le 7 septembre au matin, il sombre graduellement dans le coma et meurt. Selon ses recommandations, données quelques mois plus tôt, Alexander Grant Dallas est désigné pour lui succéder.

Simpson est inhumé au cimetière Mont-Royal de Montréal, aux côtés de sa femme Frances décédée en 1853. Homme très bien nanti, il laisse un héritage dépassant largement les 100 000 livres sterling en actions, obligations et biens immobiliers. Pendant ses 40 années à la tête de HBC, il aura été aux premières loges des événements qui virent la Compagnie atteindre son apogée. Il réorganisa entièrement le commerce des fourrures et dota l'entreprise de solides bases financières et administratives. Presque à lui seul, il aura réussi à étendre le champ d’action de HBC au-delà du commerce des fourrures, lui faisant entamer une diversification qui tiendra la route jusqu’à la fin des années 1980. L’«empereur en canot d’écorce» aura décidément eu une influence indélébile sur HBC.