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Les Premiers investisseurs de HBC

Qui étaient les premiers investisseurs de la Compagnie de la Baie d’Hudson? En majorité des financiers, des aristocrates et des hommes appartenant aux plus hautes sphères du commerce et à la cour royale.

En 1665, Pierre Radisson et son beau frère Médard Chouart, Sieur des Groseilliers, accompagnés du colonel George Cartwright, qu’ils avaient rencontré à Boston, débarquent à Londres dans un but bien précis : trouver des commanditaires pour leur projet de traite des fourrures à la baie d’Hudson. Le moment est peu propice à une telle quête : la Cité est en effet en proie à la peste bubonique, mais Cartwright réussit à présenter les deux hommes à un certain nombre personnages influents, notamment Sir George Carteret et Robert Boyle.

Le Nonsuch rentre Londres, 1669, par Norman Wilkinson, vers 1943

Le Nonsuch rentre à Londres, 1669, par Norman Wilkinson, vers 1943

Sir George Carteret est un millionnaire qui a édifié sa fortune sur les profits des actes de pillage contre les Cromwelliens durant la guerre civile anglaise. Après la Restauration, il est nommé vice-chambellan de la Maison du roi, trésorier de la Marine royale et commissaire de la Chambre de commerce, et élu député de Portsmouth. Il est également un membre important de la Compagnie royale africaine nouvellement fondée.
Quant à Robert Boyle, physicien original rendu célèbre par sa découverte sur la compressibilité des gaz, la loi de Boyle, il est membre fondateur de la Royal Society, association de scientifiques. Robert Boyle est le fils du comte de Cork, un des hommes les plus fortunés au pays; il est lui-même extrêmement riche. Il ira jusqu’à investir dans HBC afin d’avoir accès aux renseignements scientifiques recueillis par ses agents. On ignore lequel de Robert Boyle ou de Sir George Carteret a pris sur lui d’amener les deux Français à Oxford, où s’est déplacée la cour, loin de la peste qui sévit à Londres, mais une chose est claire : c’est là que les Français rencontrent le roi Charles II.

La route commerciale du nord proposée par Radisson et des Groseilliers frappe de plein fouet l’imagination du roi, qui leur accorde immédiatement une allocation hebdomadaire et les confie aux bons soins d’un jeune banquier, Sir Peter Colleton. Ce dernier est le fils d’un important planteur de canne à sucre de la Barbade et a lui-même des intérêts dans les colonies des Bahamas et des Carolines. Colleton escorte les Français dans leur voyage de retour à Londres où il les présente aux autres hommes qui vont devenir leurs commanditaires initiaux. Pour citer un historien, ce groupe ne reposait pas «sur une association fortuite ou spontanée d’hommes attirés par le romantisme du projet des Français; ce groupe était coordonné, détenait d’importants intérêts dans les colonies, comptait une vaste expérience et poursuivait un but précis».

En 1666, il est décidé que le moment est venu de financer un voyage spéculatif en Amérique du Nord pour éprouver la viabilité de la route maritime et le potentiel de la traite, mais la domination maritime des Hollandais empêche tout départ cette année-là. L’année suivante, le projet avance mais, une fois de plus, aucun navire ne fait voile vers la baie d’Hudson. Sans une structure officielle de société en place pour soutenir une telle entreprise, le projet se maintient à flot uniquement grâce aux fonds avancés par différents particuliers. Colleton assume des charges pour le compte de Radisson et des Groseilliers. Carteret achète un navire pour le voyage – le Discovery – lequel s’avérera impropre à l’expédition envisagée et sera plus tard vendu à perte. En octobre 1667, Francis Millington, commissaire des Douanes pour la Cité de Londres, avançe des fonds qui lui seront plus tard crédités sous forme d’une participation dans l’entreprise. Sir Robert Vyner, parent par alliance de Francis Millington, contrôleur de la Monnaie, lord maire de Londres et le plus grand banquier d’affaires de son époque, en fait autant. En décembre 1667, John Fenn, trésorier de l’amirauté, commençe à contribuer au projet en acquittant des charges d’exploitation, en quoi il sera imité plus tard par John Portman, important banquier pour les investisseurs dans les colonies des Carolines et des Bahamas et trésorier des compagnies des Carolines et des Bahamas.

Son Altesse Royale le prince Rupert, studio de Anthony van Dyck, date inconnue
Huile sur toile

Son Altesse Royale le prince Rupert, studio de Anthony van Dyck, date inconnue
Huile sur toile

En 1668, une société commençe à prendre forme. On a encore aujourd'hui des grands livres remontant à cette époque dans lesquels figurent les charges et les investissements initiaux. De grands hommes de la Cour se joignent aux financiers de la Cité partisans du projet. Le Prince Rupert lui-même commençe à payer pour une participation entière en juin 1668, alors que le navire Nonsuch a déjà quitté Londres. En août, Anthony Ashley Cooper, Lord Ashley (qui deviendra plus tard le premier comte de Shaftesbury) fait un premier investissement. Chancelier de l’Échiquier et membre du Conseil Privé, il est un ami intime de Rupert et, avec ce dernier, un associé de nombreuses entreprises commerciales, notamment la Royal African Company et la Royal Fisheries Company. Il détient également des investissements dans les colonies, à la Barbade, aux Bahamas et en Guinée. William Craven, Lord Craven, est un allié de longue date des Stuart, particulièrement de la mère de Rupert, Elizabeth, dont il est l’héritier. Membre du Conseil Privé, il a lui aussi investi dans la colonie des Carolines et dans la Royal Fisheries Company. Henry Bennet, baron d’Arlington (plus tard, premier comte d’Arlington), est député et Secrétaire d'état. George Monck, duc d’Albemarle, membre du Conseil du commerce et des plantations et du Conseil Privé, a replacé Charles sur le trône. Il détient également des intérêts dans les Carolines, dans la Royal African Company et dans la Royal Fisheries Company. Sir James Hayes, secrétaire particulier du prince Rupert, contribue financièrement et met ses talents d’habile organisateur au service de l’entreprise. Hayes est avocat et membre du Conseil Privé; il a de nombreux investissements, mais sa principale fonction est celle de conseiller financier du prince. Hayes finira par devenir gouverneur adjoint de HBC, de même que son plus important actionnaire individuel, détenant plus de 20 % des actions.

Parmi les autres investisseurs, on compte Sir Edward Hungerford, beau-frère de Hayes et membre du Conseil Privé; Sir John Robinson, lord-lieutenant de la tour de Londres; Sir John Griffith, militaire de carrière et magnat de la Cité; Sir Paul Neile, membre de la Royal Society; William Prettyman, aventurier des Indes; Sir John Kirke, fils d’un marchand qui avait pris la ville de Québec en 1628, et seul aventurier qui possède une connaissance personnelle de la traite des fourrures en Amérique du Nord.

Le Nonsuch rentre à Londres en octobre 1669 – presque quatre ans après la présentation du projet par Radisson et des Groseilliers. Mais cela aura valu le coup. Le succès de l’expédition du Nonsuch, la valeur de sa cargaison et l’influence des commanditaires de l’entreprise conduiront directement à l’octroi d’une charte royale l’année suivante.