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De magasins généraux à grands magasins

Richard Burbidge, date inconnue

Richard Burbidge, date inconnue

Détaillant de carrière, Richard Burbidge est un personnage important de l’histoire de la vente au détail aussi bien que de celle de HBC. Né en 1847, il commence sa carrière à l’âge de 14 ans en tant qu’apprenti chez un épicier londonien. Trente ans plus tard, après avoir travaillé pour les magasins Army & Navy et William Whitely, à l’époque le premier des grands magasins londoniens, il se joint à Harrods en tant que directeur général en 1891.

Grand innovateur, Richard Burbidge accède en peu de temps à la haute direction de Harrods. Il passera le reste de sa vie à en faire le grand magasin le plus rentable au monde. L’addresse télégraphique de Harrods, enregistrée en 1894, est toujours utilisée aujourd’hui : «Everything-London» (Tout-Londres). Harrods introduit en 1898 le premier escalier mobile. Il s’agit en fait plus d’un tapis roulant fortement incliné; le public londonien est tout simplement abasourdi par cette invention, dont tout le monde parle. Les journaux de l’époque indiquent que les clients sont littéralement transportés vers les étages supérieurs, comme s’ils embarquaient sur un tapis magique. Attentif aux besoins de ses clients, Burbidge fait en sorte que les «passagers» soient accueillis au sommet de l’escalier mobile par des membres du personnel, disposés à offrir des sels ou un petit peu de brandy à ceux qui éprouvent quelque faiblesse!

Magasin Hbc de Calgary, 1884 ACBH 1987/363-C-211/2

Magasin HBC de Calgary, 1884
ACBH 1987/363-C-211/2

Burbidge serait considéré comme un bourreau de travail peu importe l'époque. Il travaille souvent jusqu'à une heure avancée de la nuit. La journée de travail des employés est longue également : les magasins sont généralement ouverts de 7 h à 21 h (22 h le vendredi et 23 h le samedi). Pionnier dans l’amélioration des conditions de travail de ses employés, Burbidge institue une journée de travail de 12 heures seulement et fait en sorte que le magasin ferme ses portes à 13 h le jeudi. La loi de l’époque est loin d'être aussi généreuse… Sous la responsabilité de Richard Burbidge, le bénéfice de Harrods passe de 12 500 £ en 1890 à 210 000 £ en 1910, soit une augmentation de 1 680 % en seulement 20 ans.

En 1907, Leonard Cunliffe, important homme d’affaires londonien qui a des liens avec Harrods, est élu au conseil d’administration de HBC. Il visite le Canada en 1909 afin de voir de près les activités de la Compagnie. Il suggère que son ami Richard Burbidge l’accompagne pour examiner les activités de vente au détail de HBC. Les rapports que Burbidge soumet au conseil d'administration de HBC révolutionnent la façon dont la Compagnie mène ses affaires. Dans un rapport à la fois direct et détaillé, Burbidge constate que les activités de vente au détail de HBC pourraient être grandement améliorées; il formule également de nombreuses suggestions importantes.

Magasin Hbc du centre-ville de Calgary, 1917 ACBH 1987/363-C-213/11

Magasin HBC du centre-ville de Calgary, 1917
ACBH 1987/363-C-213/11

Les magasins de HBC sont surtout du style «magasin général», donc très petits. De façon générale, ils manquent de marchandises et les cadres qui en ont la responsabilité connaissent mal le commerce de détail et manifestent peu d'enthousiasme. Le bénéfice est petit, les étalages sont peu attrayants et les présentoirs, inadéquats. Burbidge constate que, malgré l'arrivée constante d’immigrants dans l'ouest, Hbc perd du terrain face à des concurrents tels que Eaton. Il trouve donc une façon de renverser la tendance.

Burbidge comprend que pour être rentables, les activités de vente au détail de HBC devront être gérées indépendamment des autres secteurs clés, soit la traite des fourrures et la vente de terres. Il propose donc une restructuration complète de la Compagnie en trois divisions distinctes ayant chacune à sa tête un commissaire expert dans le domaine. Il suggère de hausser le salaire des cadres et d'offrir des commissions sur les ventes nettes afin d'attirer et de retenir les meilleurs employés. Il recommande également une politique dynamique d'expansion et de reconstruction de magasins, voire un déménagement pur et simple dans certains cas, notamment ceux de Victoria et de Winnipeg. Enfin, il suggère de diversifier les stocks et les points de prix pour répondre aux besoins de la classe moyenne en pleine expansion et recommande l'introduction d'une identité visuelle unique pour tous les véhicules de la Compagnie.

En 1910, le nouveau conseil d'administration accueille chaleureusement les recommandations de Burbidge. La même année, il est élu au Conseil et y demeurera jusqu'à son décès, en 1917. Son propre fils, Herbert, est le premier à occuper le poste de commissaire de la division des Magasins dans l'entreprise nouvellement restructurée. Des modifications à la charte, adoptées en 1912, permettent les investissements nécessaires pour soutenir le programme de construction. Dès 1913, un premier magasin ouvre à Yorkton et un quadrilatère entier de la ville de Victoria est acquis en vue de la construction d'un nouveau magasin.

La façon dont Richard Burbidge voyait les grands magasins modernes a eu une grande influence sur le développement de la division du commerce de détail de HBC pendant plusieurs générations et a permis de consolider son importance sur la Compagnie dans son ensemble.