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Vieux brandy français, 1692; illustration tirée de la brochure Good Spirits

L'alcool a toujours fait partie de l'assortiment de HBC. À l'origine, la Compagnie est très prudente en ce qui a trait aux Premières Nations. En 1713, Anthony Beale, responsable de Fort Albany, reçoit des instructions très claires : «Nous avons été mis au courant des effets dévastateurs du brandy sur certains Indiens; veillez à leur en vendre le strict minimum.»  Malheureusement, même avec les meilleures intentions, il s’avère impossible de soutenir la concurrence de la Compagnie du Nord-Ouest sans vendre d'alcool, qui est devenu un produit recherché par les autochtones. De plus, la consommation d’alcool fait désormais partie intégrante de la cérémonie entourant l’échange des fourrures contre des produits européens manufacturés.

Une liste de prix pour certains produits utilisés dans la traite des fourrures est disponible pour Fort Albany en 1733 : l'alcool y figure. Par exemple un plue (grande peau de castor de première qualité), monnaie d'échange de l'époque, équivaut à : 1 couverture, 2 livres de tabac du Brésil, 1 bouilloire, 8 couteaux ou 1 gallon de brandy. Dans les premières années de commerce, l’alcool servant de monnaie d'échange est surtout le brandy français. Toutefois, il coûte très cher et devient rapidement difficile à obtenir en raison des hostilités constantes entre l’Angleterre et la France. La Compagnie décide de résoudre ce problème en fabriquant son propre brandy; c'est ainsi que naît le brandy «anglais».

Le brandy «anglais» devait être une concoction bien mauvaise : il s’agissait essentiellement de gin de mauvaise qualité coloré de façon à ressembler à du brandy.  On utilisait vraisemblablement différents colorants, les principaux étant l’iode ou le tabac. On rapporte que de l’opium ou quelque autre ingrédient douteux ont peut-être été utilisés. Au XVIIIe siècle, on utilisait plutôt de la mélasse qui non seulement colorait mais aussi sucrait l'infecte mélange.

C’est également au XVIIIe siècle que les employés de HBC commencent à recevoir une ration d’alcool avec leur nourriture. Chaque employé a droit à une chopine de brandy par semaine – environ 7 ½ gallons par an – à raison de deux demi-portions par semaine, soit une le mercredi et une le samedi. Des rations supplémentaires sont distribuées à l'occasion des journées spéciales, par exemple à Noël, au Nouvel An ou encore le jour de l’anniversaire du roi, ce qui constitue une utilisation cérémonielle de l’alcool, comme le font les Amérindiens. Un employé peut aussi recevoir des rations d’alcool supplémentaires en récompense de son rendement au travail. Les archives nous livrent l’histoire d’un dénommé Thomas Smith, maçon, qui se vit offrir 10 gallons supplémentaires en récompense de son dévouement au travail : il utilisait couramment des explosifs pour extraire des pierres. L'alcool représente donc une sorte de prime offerte à ceux qui effectuent un travail dangereux. Toutefois, on imagine mal aujourd'hui un employeur qui offrirait de l'alcool à un artificier pour compenser le danger affronté chaque jour dans le cadre de son travail! Vers le milieu du XIXe siècle, la Compagnie tente de réduire de façon marquée son utilisation de l’alcool, en particulier en raison des problèmes qui commencent à se manifester dans l'Ouest.

Entrepôt de mélange et d'embouteillage, Édimbourg (Écosse), date inconnue
ACBH 1987/363-W-110/2

Au début du XXe siècle, les produits exclusifs à HBC sont reconnus dans toute l’Amérique du Nord.  La division du Commerce de gros est établie en 1907 en raison de l’importance accrue des activités de vente au détail de la Compagnie auprès de la population croissante de l’Ouest.  En 1923, la Compagnie dépose sa première marque maison de scotch, le «Best Procurable» qui devient rapidement l’une des marques de scotch les plus populaires au Canada.  À peine quelques années plus tard, la Compagnie offre un assortiment complet de boissons alcoolisées, surtout du scotch, du rhum et de la vodka.  En 1987, la Compagnie vend sa distillerie à Seagrams dans le cadre d'une restructuration majeure qui lui permet de recentrer son énergie sur son activité principale, soit la vente au détail.  Depuis, il est impossible de se procurer de l'alcool Hbc au Canada.  Le scotch HBC est cependant toujours disponible aux États-Unis sous la marque «Hudson’s Bay Company Blended Scotch Whiskey», distribuée par la société Sidney Frank Importing.

 Rhum blanc, étiquette Hudson's Bay, vers 1970