(untitled)

La Compagnie de la Baie d’Hudson est entrée dans l’industrie pétrolière en 1926. Cependant, l’intérêt pour ce nouveau secteur d’activités remonte à 1909, lorsque Donald Smith, qui était alors gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson et haut-commissaire du Canada à Londres depuis 1896, est devenu président de la toute nouvelle Anglo-Persian Oil Company, une filiale de la Burmah Oil.

Dans les années 1890, la production de pétrole est en constante expansion et les investisseurs intelligents ont compris qu’il s’agit du combustible de l’avenir. John Arbuthnot Fisher, alias Jacky, «le parrain du pétrole», est nommé à la tête de la Marine royale en 1904 et il pousse la Marine royale et le gouvernement britannique à adopter des vaisseaux alimentés au mazout. Malheureusement, 94 % des gisements pétrolifères du monde sont alors exploités par des intérêts américains ou russes. À l’exception d’une minuscule exploitation en Birmanie, la seule éventuelle source de pétrole dont pourrait disposer la Grande-Bretagne se trouve en Perse (l’Iran d’aujourd’hui).

 

Donald Smith et la Anglo-Persian Oil Company

Sir Donald A. Smith, par Adolphus Muller-Ury, 1903, Collection d'entreprise de HBC

William Knox d’Arcy, un Anglais, obtient une concession de forage en Perse en 1901. Comme bien d’autres, il n’a pas les ressources financières nécessaires pour l’exploitation en raison du terrain accidenté, de la situation politique instable et de l’augmentation des coûts. Il établit un partenariat avec la Burmah Oil en 1905 et découvre enfin du pétrole en 1908. L’amiral Fisher demande alors à Donald Smith de diriger un consortium formé par la fusion des concessions birmane et persane. Celui-ci accepte et ira même jusqu’à investir au moins 1,5 million de livres de sa fortune personnelle dans l’entreprise. La Anglo-Persian Oil Company est constituée en 1909 et nul autre que Donald Smith assure la présidence des deux entreprises.

En 1912, à la demande expresse de Winston Churchill, alors Premier amiral, le gouvernement britannique décide d’investir 2,2 millions de livres dans la Anglo-Persian Oil Company, obtenant ainsi 51 % des actions. Il signe également une entente de 25 ans pour la livraison du combustible à prix forfaitaire. De cette façon, la Anglo-Persian Oil Company reçoit une injection de capitaux et le gouvernement britannique obtient un approvisionnement garanti de pétrole. À l’été de 1914, la Marine royale britannique est entièrement convertie au mazout. Pour la première fois, le pétrole devient un instrument de politique nationale et un produit stratégique. La Anglo-Persian Oil Company sera rebaptisée Anglo-Iranian Oil Company en 1935, puis elle sera étatisée sous le nom de British Petroleum en 1951.

Donald Smith demeure fidèle à sa réputation de visionnaire lorsqu’il s’agit de trouver des occasions de réaliser des bénéfices. Dès 1906, celui qui a été le premier commissaire aux terres de la Compagnie de la Baie d’Hudson, de 1874 à 1879, a déjà fait apporter un changement important à la politique de vente immobilière de la Compagnie. Celle-ci prévoit maintenant que la Compagnie conserve des droits miniers sur son énorme portefeuille immobilier dans l’Ouest canadien, soit quelque 1,8 million d’hectares au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta. Cette prévision se révèlera rentable en 1926.

Bien que la Compagnie de la Baie d’Hudson se soit fort bien tirée de la Première Guerre mondiale grâce à son entente de transport lucrative avec le gouvernement, la période d’après-guerre s’avère difficile. Le commerce des fourrures était plutôt stagnant pendant la durée des hostilités et il commence à peine à reprendre. De plus, l’ambitieux programme de construction de grands magasins dans l’Ouest a coûté très cher et les actionnaires sont plutôt insatisfaits du rendement.

 

La Hudson’s Bay Marland Oil

Camion HBOG, années 1920, Rapport annuel HBOG de 1976

C’est à ce moment qu’entre en scène Ernest Whitworth Marland, un pétrolier américain qui fait la fierté de la ville de Ponca City, en Oklahoma. Il est avocat, il étudie la géologie et ses entreprises précédentes en Pennsylvanie et en Virginie-Occidentale ont connu un certain succès. Une exploitation de forage pétrolier près de Ponca City a attiré son attention et il en a obtenu les concessions. Quelques années plus tard, son entreprise dominait le marché pétrolier dynamique du nord de l’État. Ernest Whitworth Marland a été le premier pétrolier à se servir de la géologie pour découvrir du pétrole et ses méthodes se sont avérées efficaces. L’expérience de forage innovatrice menée par son équipe de géologie a fait du carottage une pratique répandue. Cette réussite et l’utilisation du sismographe allemand lui ont permis de devancer de deux ans l’industrie par l’emploi d’une méthode géophysique de repérage des gisements exploitables.

Ernest Whitworth Marland est un anglophile; il adore le kilt, la culotte de golf et les demi-guêtres, et il habite un manoir de style pseudo-anglais. Au printemps de 1926, lors d’une de ses fréquentes visites à Londres, il fait une proposition au gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Charles Vincent Sale. Il lui fournira du personnel spécialisé, il assumera toutes les dépenses liées à la prospection et il lui paiera des redevances sur la production de pétrole et de gaz naturel en échange d’une option de 25 ans pour la concession de tout terrain sur lequel la Compagnie de la Baie d’Hudson possède des droits miniers pour le forage. Le gouverneur et comité de direction le sont désireux de diversifier les activités de la Compagnie et ils acceptent donc son offre ; la Hudson’s Bay Marland Oil venait de naître.

En 1929, le pétrolier est forcé de vendre son affaire à la Continental Oil en raison de son mode de vie extravagant. La Continental Oil fonde ensuite la Hudson’s Bay Oil & Gas (HBOG) en partenariat avec la Compagnie de la Baie d’Hudson, qui conserve des intérêts de 25 %. Quant à Ernest Whitworth Marland, il poursuivra une carrière extraordinaire à titre de membre du Congrès, de 1933 à 1935, puis de 10e gouverneur de l’Oklahoma, de 1935 à 1939.

 

La Hudson’s Bay Oil & Gas

Wagon-citerne de propane HBOG [Hudson’s Bay Oil and Gas Company Limited] à un terminal de chargement de la Compagnie, 1970, Rapport annuel HBOG de 1971

Ladépression touche durement la Hudson’s Bay Oil & Gas, à un point tel que le directeur général de la Compagnie de la Baie d’Hudson au Canada, Philip Chester, tente en vain de vendre les intérêts de la Compagnie. Il décide plutôt de cesser d’investir dans l’entreprise à compter de 1931. En 1934, la Hudson’s Bay Oil & Gas conclut une entente avec la Northwest, une filiale de la Imperial Oil, permettant à celle-ci de prospecter les propriétés de la Compagnie en échange de la moitié des revenus provenant de toute découverte. Cette entente sera renouvelée par la suite jusqu’en 1951. Au début des années 1940, la Compagnie de la Baie d’Hudson recommence à investir dans la Hudson’s Bay Oil & Gas et, au printemps de 1943, celle-ci possède une douzaine de puits à Turner Valley, en Alberta, qui représentent plus de 10 % de la production du champ. Au cours de la décennie qui suivra, la Compagnie de la Baie d’Hudson investira plus de huit millions de dollars dans la prospection de pétrole et la Hudson’s Bay Oil & Gas fera l’acquisition de plus de 1,7 million d’hectares de réserves de gaz naturel connues et de plus de 80 puits de production. À la fin des années 1960, la Hudson’s Bay Oil & Gas est devenue le troisième producteur de pétrole et de gaz naturel au pays, avec ses 1606 puits et ses 4,5 millions d’hectares en concession. Ses revenus représentent le double de ceux de la Compagnie de la Baie d’Hudson et son avoir net est quatre fois supérieur à celui de la Compagnie.

En 1973, la Compagnie de la Baie d’Hudson acquiert des intérêts de la Siebens Oil & Gas. L’entreprise mène de vastes activités de prospection dans la mer du Nord, financées par les revenus provenant des droits miniers de la Compagnie, obtenus en échange de 3,2 millions d’actions de la Siebens, soit 35 % de l’entreprise. Celle-ci obtient donc les fonds dont elle avait tant besoin et la Compagnie de la Baie d’Hudson obtient des intérêts dans une entreprise qui pourrait être lucrative. En 1979, la Compagnie vend ses intérêts à Dome Petroleum pour 123 millions de dollars en actions privilégiées. L’année suivante, elle effectue son dernier investissement dans le marché du pétrole, avec l’acquisition de Roxy Petroleum.

 

HBC quitte le marché pétrolier

Page couverture du rapport annuel Hudson’s Bay Oil and Gas de 1975

Cependant, au début des années 1980, il devient évident que la Compagnie de la Baie d’Hudson a dépassé les limites de crédit raisonnables et a contracté de lourdes dettes. On décide donc de se consolider en donnant la priorité aux principales activités de la Compagnie et en se débarrassant de ses actifs qui ne sont pas du domaine du commerce de détail. En 1981, la Compagnie vend ses intérêts de la Hudson’s Bay Oil & Gas à Dome Petroleum, qui avait déjà acheté 53 % de l’entreprise à Conoco, la nouvelle appellation de la Continental Oil. Cependant, le niveau d’endettement de Dome Petroleum était si élevé que l’entreprise devait acquérir la part de tous les actionnaires minoritaires, dont la Compagnie était le plus important avec ses 10,1 %, afin de pouvoir utiliser les liquidités de la Hudson’s Bay Oil & Gas. La Compagnie de la Baie d’Hudson reçoit de cette transaction compliquée 7,7 millions d’actions privilégiées d’une valeur fixe de 57,50 $ chacune, rachetables jusqu’au 31 décembre 1984. En raison d’un grand besoin d’argent, la Compagnie exerce cette option en 1983 et encaisse ainsi 455 millions de dollars. Dome Petroleum ne se remettra jamais de son endettement et l’entreprise sera vendue à Amoco en 1989. Aujourd’hui, il s’agit d’une filiale en propriété exclusive de Amoco Canada Petroleum Company, qui est elle-même une filiale en propriété exclusive de Amoco Corporation.

Qu’est-il advenu de Roxy Petroleum? L’entreprise a été vendue à Westcoast Transmission pour 82 millions de dollars en 1987, année qui marque la fin de l’incursion de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans le marché pétrolier, après une aventure qui a duré soixante et un ans dans les montagnes russes de l’industrie du pétrole et du gaz naturel.