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Tableau signé Adam Sherriff Scott, 1948

Cérémonie de traite à York Factory, 1780, par Adam Sherriff Scott, vers 1954

Cérémonie de traite à York Factory, 1780, par Adam Sherriff Scott, vers 1954

Le thème
Au cours de l'été et du printemps, les Amérindiens pouvaient venir échanger leurs fourrures aux postes de la baie quand bon leur semblait, mais les activités de négoce battaient leur plein en juin et juillet. L'arrivée des Amérindiens constituait l'un des événements marquants de l'année, d'où la tenue d'une cérémonie en grande pompe. Plusieurs personnes ayant assisté à ce genre de cérémonie ont décrit son déroulement. Les comptes rendus les plus importants sont sans doute celui que Andrew Graham, négociant en chef de Fort Severn, rédigea en 1768, et celui que Thomas Hutchins de York Factory consigna avant 1782. Il semble évident que la facture de la cérémonie était passablement uniforme dans tous les postes.

La flottille de canots ornés de drapeaux arrive et lance une salve en guise de salutation. En réponse, la batterie du fort tire une rafale de bienvenue. Les chefs de chaque expédition, élus plus tôt au cours du printemps pour mener les pelleteries à la baie, sont reçus par le gouverneur dans l'enceinte du poste de traite, tandis que les hommes et les femmes du groupe déchargent les peaux, fruit d'une année de chasse, et installent le campement. Le négociant en chef du poste présente les chefs - les «capitaines», comme les désignent nos sources - au gouverneur, puis tous fument le calumet de paix. Le chef autochtone «le plus influent» prend finalement la parole. Dressant le bilan du voyage, il énumère la quantité de peaux qu'ils ont apportées, ainsi que le nombre de personnes qui l'accompagnent et le nombre de canots qu'il leur a fallu. Il s'enquiert ensuite des Anglais et se déclare heureux de les rencontrer. Le gouverneur répond qu'il a des marchandises de traite en abondance, qu'il est également heureux de rencontrer les Amérindiens et désireux de négocier avec eux. Sur ces propos, on partage encore une fois le calumet.

York Factory

Détail de la carte présentant York Factory, par Jack McMaster, 2004

Les capitaines autochtones revêtent ensuite des habits européens : un frac de feutrine rouge ou bleue garni d'un col et de parements militaires, une culotte de feutrine et un gilet, tous ornés de passepoil; une chemise blanche ou à carreaux à poignets de dentelle; des bas de lainage, l'un rouge l'autre bleu, retenus sous le genou par des jarretelles; et un chapeau à trois plumes colorées dont la calotte est ceinte d'une écharpe. Leurs subalternes, dits «lieutenants» sont vêtus de manière semblable, quoique moins extravagante. Du pain, des pruneaux, de l'eau-de-vie et du tabac sont ensuite offerts aux Amérindiens, après quoi un grand cortège les escorte jusqu'à leur campement.

Ce rituel terminé, la salle de traite s'ouvre et le commerce de l'eau de vie débute. Les capitaines autochtones offrent des peaux au gouverneur, puis on boit encore, on fume, on festoie. Les négociations sérieuses ne commencent qu'après ces préliminaires et se prolongent normalement pendant plusieurs jours. Les capitaines autochtones et leurs compagnons choisis mènent les négociations au nom de leur tribu. Au terme des échanges, les deux parties se donnent des cadeaux d'adieu, puis les Amérindiens retournent dans leurs terres.

Le tableau
Publié pour la première fois dans le calendrier de la Compagnie de la Baie d'Hudson en 1956, le tableau représente le cortège qui a lieu au cours de la cérémonie de traite annuelle. Une modeste garde d'honneur, arborant la tenue militaire, ouvre le cortège, qui part de la porte principale du fort et se rend au campement des autochtones. Quatre hommes transportent des hallebardes, armes d'apparat. Derrière eux, un joueur de tambour est flanqué de deux porteurs de drapeaux : l'un porte celui de l'Union Jack; l'autre, celui de la Compagnie de la Baie d'Hudson - version ancienne dont le battant affiche les armoiries de la Compagnie. Suivent les employés du poste, portant des barils d'eau de vie et diverses choses, dont les effets personnels du capitaine autochtone. Le gouverneur du poste marche derrière, accompagné du capitaine en visite, vêtu de son nouveau costume européen. Leurs subalternes respectifs les escortent. Un groupe important d'Amérindiens assistent au passage du cortège, de même que les hommes de la Compagnie, juchés sur la palissade et les murs du fort. Les couleurs vives et le mouvement qui animent la toile rendent l'animation et le faste de l'événement.

Il subsiste une correspondance volumineuse au sujet de la création de ce tableau. Au printemps 1947, le thème fut proposé pour illustrer le calendrier de la Compagnie, et la réalisation de l’œuvre fut d’abord offerte à Henry Simpkins, mais, cette année là, l’artiste était trop occupé pour accepter la commande, tout comme C.W. Jefferys et Franklin Arbuckle. Sherriff Scott avait aussi refusé l’offre, mais il put accepter le travail l’année suivante. Au cours des mois qui s’écoulèrent entre-temps, le rédacteur en chef du Beaver, Clifford Wilson, secondé par l’équipe des archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson en Angleterre, menèrent des recherches approfondies sur divers sujets relatifs au tableau. On déploya des efforts considérables afin de s’assurer que l’œuvre serait aussi fidèle que possible à la réalité historique, en outre, quant à l’habillement des Amérindiens, à l’architecture et à l’emplacement de York Factory ainsi qu’à l’allure des uniformes de l’époque. Les derniers ajouts suggérés par Wilson, que l’on remarque dans la version définitive de l’œuvre, comprennent le chien qui suit le joueur de tambour, les armoiries sur le drapeau de la Compagnie et les pissenlits qui fleurissent le long du sentier.