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La Robert Simpson Company Limited

Robert Simpson à l'âge de 32 ans, vers 1866.

Robert Simpson à l'âge de 32 ans, vers 1866.

À son arrivée au Canada en 1855 à l’âge de 21 ans, Robert Simpson, Écossais d’origine, a déjà une solide expérience dans le domaine de l’épicerie. Il s’établit à Newmarket, en Ontario, où il travaille dans le secteur de la mercerie pendant seulement deux ans avant de se sentir assez confiant pour se lancer en affaires. Lui et son associé ouvrent Simpson and Trent, un magasin où ils vendent produits d’épicerie, bottes, souliers et articles de mercerie. L’association est dissoute après quatre années de bonnes affaires, et Simpson continue d’exploiter seul le magasin. Après à peine quelques mois, il trouve un nouveau partenaire, et le commerce est rebaptisé Simpson and Bogart. Les deux associés mettent graduellement sur pied une prospère entreprise de négoce en gros et font affaire avec de petits magasins des localités voisines. Essentiellement, ce sont des grossistes.

Robert Simpson exploite depuis presque dix ans un commerce solide et renommé lorsque le malheur frappe. Le 29 octobre 1870, un violent incendie détruit le magasin et tous les stocks. Sans se décourager, il relance son entreprise à temps pour Noël. Les pertes semblent toutefois avoir été lourdes puisqu’il semble que Simpson déclare faillite au début de 1871. Ce revers l’incite à se diriger vers Toronto, où les perspectives lui paraissent plus prometteuses.

 
Ancien magasin Simpson, Toronto, au coin des rues Richmond et Yonge, vers 1908

Ancien magasin Simpson, Toronto, au coin des rues Richmond et Yonge, vers 1908

Après un bref séjour dans le district commercial de la rue King, Robert Simpson déménage et ouvre en 1872 un nouveau commerce : R. Simpson, Dry Goods. Ce magasin est situé au 184, rue Yonge, juste au nord de la rue Queen. Afin de se démarquer de la forte concurrence (pas moins de 13 autres merceries se côtoient dans le même secteur, la T. Eaton Company n’étant pas la moindre), il commence à distribuer des prospectus en couleur – ce que nous appelons aujourd’hui des circulaires – aux résidents de la ville.

Robert Simpson ne peut mieux choisir son moment. Entre 1871 et 1896, la population de Toronto quadruple, passant de 56 000 à plus de 225 000 personnes. Le commerce de Simpson connaît une forte croissance pendant cette période. De quelques employés au début, le personnel du magasin se chiffre à 200 personnes en 1890. Le magasin quitte son emplacement initial sur la rue Yonge et déménage à l’angle des rues Queen et Yonge, où il est agrandi plusieurs fois. De fait, les affaires du magasin sont si florissantes qu’il faut bientôt l'agrandir de façon importante. C’est ainsi que le 4décembre 1894, un tout nouvel édifice en briques de six étages ouvre ses portes à l’angle de Queen et de Yonge.

Le 3 mars 1895, moins de trois mois après son ouverture, le nouveau magasin Simpson est rasé au sol, victime du troisième grand incendie à Toronto en moins de deux mois. Inébranlable et intraitable, Robert Simpson jure de rouvrir son commerce dès que possible et de reconstruire son magasin. Exactement six jours après l’incendie, Simpson accueille de nouveau des clients, quoique dans des locaux loués. Quelque dix mois plus tard, un nouveau magasin, plus fonctionnel, est inauguré au coin des rues Queen et Yonge.

Magasin Simpson agrandi jusqu'à Yonge Street et le long de Richmond Street, vers 1923.

Magasin Simpson agrandi jusqu'à Yonge Street et le long de Richmond Street, vers 1923.

Le bureau d’architectes Burke & Horwood est résolu à faire de ce deuxième édifice le meilleur de sa catégorie. Afin de réduire les risques d’incendie, le nouveau bâtiment est doté d’une structure en acier – la toute première du genre au Canada. Les poutres en acier laminé sont ignifugées avec du béton, et les colonnes sont plus espacées. Cette structure, qui subsiste de nos jours, constitue le cœur d’un édifice plus vaste qui couvre un quadrilatère complet.

Robert Simpson ne vivra pas assez vieux pour voir son entreprise prospérer très longtemps après l’incendie de 1895 car il décède deux ans plus tard. Peu de temps après, une société américaine commence à négocier avec ses héritiers. Craignant la mainmise américaine sur une entreprise canadienne réputée, un petit groupe d’investisseurs dirigé par Harris Henry Fudger, Joseph Wesley Flavelle et Alfred Ernest Ames achète les stocks et les biens meubles de la société pour 135 000 $. Fudger, Flavelle et Ames, trois hommes d’affaires astucieux et membres en vue de la société torontoise, reprennent en main une entreprise saine, malgré l’incendie deux ans plus tôt, et la font rapidement prospérer. En 1900, le magasin a besoin de plus d’espace, et dès 1929, il a déjà été agrandi plusieurs fois pour accueillir les clients toujours plus nombreux.

C.L. Burton, par Yousuf Karsh, portrait non daté.

C.L. Burton, par Yousuf Karsh, portrait non daté.

À peine quelques années après que H.H. Fudger a pris la direction de Simpson, l’entreprise commence à étendre ses ramifications. Ainsi, en 1905, elle acquiert John Murphy Co. de Montréal. La même année, elle construit ses premières installations de vente par correspondance, sur la rue Front, pour traiter les commandes et les colis à expédier. En 1913, ce service est transféré dans un plus gros édifice, sur l’avenue Spadina. En 1916, le service de vente par correspondance de Simpson ouvre un grand entrepôt à Regina, et trois ans plus tard, il étend ses activités à Halifax.

La popularité croissante du système de vente par correspondance de Simpson oblige bientôt la société à étendre ses activités de vente au détail. Ainsi, en 1924, des comptoirs de vente sont ouverts dans les édifices de vente par correspondance à Halifax et à Regina. En 1929, le magasin principal de Toronto connaît un autre agrandissement qui se traduit notamment par l’aménagement d’un nouveau restaurant, l’Arcadian Court. Pouvant accueillir 1 000 clients à la fois, il s’agit du plus grand établissement de ce genre au Canada. La même année, le magasin John Murphy de Montréal est rénové et ouvre sous la bannière Simpson. Enfin, c’est également en 1929 que Charles L. Burton, qui s’est joint à Simpson en 1912, est nommé président de la société, et H.H. Fudger devient président du conseil d’administration. À la veille de la Grande Crise de 1929, Simpson s’est imposée comme un pilier très solide dans le secteur de la vente au détail, juste à temps pour faire face aux difficultés à venir.

Les années noires qui suivent la Crise de 1929 incitent Simpson à adopter, en matière de vente au détail, une approche faisant une large place à la promotion. Des célébrités arpentent constamment les allées du magasin pour tenir des causeries ou dédicacer des livres, des défilés de mode ont lieu presque tous les jours et une immense animalerie est ouverte (tout près du rayon de la porcelaine!). Certaines promotions sont plus populaires et mieux pensées que d’autres. Un jour, Simpson fait venir quelques bélugas (morts) de la baie d’Hudson pour attirer les curieux. Le troisième jour, on les fait disparaître en vitesse parce que la ventilation ne suffit plus à la tâche …!

Après les années de crise, les affaires reprennent enfin, mais une catastrophe bien pire ne tarde pas à frapper le monde : la Seconde Guerre mondiale. Des 1703 employés de Simpson appelés sous les drapeaux, 85 périssent et 583 retournent chez Simpson après la guerre.

Peu avant la fin de la guerre, Simpson recommence à étendre ses activités avec l’acquisition de Smallman and Ingram, à London, Ontario. Puis, en 1946, les actifs de R.H. Department Store, le plus grand magasin de Regina, s’ajoutent à ceux de Simpson. Même si la guerre provoque une rareté des matériaux (l’acier, par exemple, est à peu près impossible à trouver pour des travaux courants comme la construction de bâtiments civils), cela n’empêche pas Simpson de rénover nombre de ses magasins et de construire un nouvel établissement de vente par correspondance à Vancouver.

Le service de vente par correspondance de Simpson, bien que modeste par rapport à celui d’Eaton, prend de l’ampleur. Dans un effort pour accaparer une plus grande part du marché de détail, Simpson commence à négocier avec Sears une éventuelle association. Proposée en 1951 par Sears, Roebuck et conclue l’année suivante, l’entente amène de tout le service de vente par correspondance de Simpson dans le giron de Sears, soit quatre magasins de contrôle, 322 comptoirs de commande et 64 agences s’occupant des marchandises lourdes. Entre-temps, les deux sociétés sont les propriétaires et exploitants conjoints de magasins de vente au détail arborant la bannière Simpsons-Sears. Ces magasins peuvent être situés n’importe où à l’extérieur des cinq grandes villes canadiennes où Simpson possède ses propres magasins : Halifax, Montréal, Toronto, London et Regina.

Magasin Simpsons de Queen Street et Simpson Tower, vers 1969.

Magasin Simpsons de Queen Street et Simpson Tower, vers 1969.

Au cours des années 1950 et 1960, une tendance résolument différente se dessine dans le secteur de la vente au détail : le déplacement des magasins vers la banlieue. Simpson ouvre des magasins à Scarborough (Cedarbrae) et North York (Fairview Mall) en Ontario, au Centre commercial de Fairview à Pointe-Claire, au Québec, et ailleurs en banlieue des deux plus grandes villes canadiennes. Partout ailleurs, de nouveaux points de vente au détail sont gérés par Simpsons-Sears. Au cours de cette même période, Simpson imite d’autres grands de la vente au détail et acquiert des intérêts considérables dans des immeubles en cours d’aménagement. Un de ces projets immobiliers est la construction de Simpson Tower, inaugurée en 1969, où loge le siège social de l’entreprise. Cet édifice abrite aujourd’hui le siège social de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Il ne fait aucun doute que 1978 est l’année la plus marquante de l’histoire de Simpson puisque cette société passe alors, en même temps que Zellers, aux mains de la Compagnie de la Baie d’Hudson, qui accentue ainsi énormément sa présence sur le marché. Simpson apporte à Hbc une expérience inestimable en matière de magasins de prestige. Hbc combine certaines des activités de Simpson aux siennes, mais l’ancienne chaîne demeure à peu près indépendante, du moins au cours des premières années. Quelques comptoirs Simpson deviennent des magasins la Baie, une installation de la Baie devient un magasin Simpson, mais dans l’ensemble, peu de changements interviennent dans la structure de Simpson. Toutefois, à la fin des années 1980, tous les magasins Simpson sis à l’extérieur de Toronto sont déjà convertis en magasins la Baie. En 1991, le dernier magasin Simpson, principal établissement de l’ancienne société dans le centre-ville de Toronto, prend la bannière de laBaie, et il en va de même de toutes les anciennes activités de Simpson. Ce magasin la Baie a toujours pignon sur la rue Queen.

Bien que la disparition du dernier magasin Simpson marque la fin d’une époque, le nom subsiste. C’est ainsi que les cartes de crédit Simpson sont acceptées jusqu’en 2000. Encore aujourd’hui, les résidents de longue date de Toronto utilisent encore parfois l’ancien nom du magasin situé à l’angle de Queen et de Yonge.