(untitled)

La collection d'archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson

R.H.G. Leveson-Gower, archiviste de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et le professeur Arthur S. Morton, historien, dans la salle des archives de la Hudson's Bay House à Londres, vers 1933. AHbc 1987/363-A-19/2.

R.H.G. Leveson-Gower, archiviste de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et le professeur Arthur S. Morton, historien, dans la salle des archives de la Hudson's Bay House à Londres, vers 1933. AHbc 1987/363-A-19/2.

En vue des célébrations du 250e anniversaire de la Compagnie en 1920, on demande à Sir William Schooling de rédiger la première histoire officielle de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Son texte, publié en 1920, s'intitule : The Governor and Company of Adventurers of England Trading into Hudson’s Bay during Two hundred and Fifty Years, 1670-1920. Les recherches de Schooling dans les archives de la Compagnie ont dévoilé des trésors de renseignements historiques et poussent les dirigeants de la Compagnie à reconnaître qu'il est de leur «devoir de rendre ces documents accessibles à la nation canadienne». Le siège social de la Compagnie à Londres entreprend alors de réorganiser les archives afin d'en faciliter la consultation.

Lors de l'assemblée annuelle des actionnaires de 1928, tenue à Londres, le gouverneur Charles Vincent Sale annonce la création d'un service des Archives. Il déclare ce qui suit aux actionnaires réunis :

«Comme vous le savez probablement, nous possédons une immense collection de documents portant sur notre histoire : ils traitent de guerres et de batailles, d'exploration par voie terrestre et maritime, des us et coutumes des Indiens et des Esquimos, des luttes pour l'occupation de la côte du Pacifique, de la conservation pacifique de l'Ouest canadien et, finalement, de la conduite générale de la Compagnie et de ses activités pendant les deux siècles au cours desquels elle a été responsable de gouverner le territoire de la Terre de Rupert.»

Salle de lecture, Archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, Winnipeg

Salle de lecture, Archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, Winnipeg

Depuis mai 1931, le public peut consulter ces documents et, au cours des décennies suivantes, l'équipe du service des Archives fournira une assistance précieuse aux personnes désireuses d'étudier l'histoire du Canada. En 1934, la Compagnie embauche le professeur Coupland de la Oxford University, et M. Hilary Jenkinson, du Bureau des archives publiques de Grande-Bretagne, afin qu'ils passent en revue la collection d'archives, la classent et établissent des catalogues. «Nous remercions grandement ces messieurs qui nous ont fourni une aide inestimable et des conseils précieux. Nous espérons que nous pourrons bientôt rendre cette collection unique accessible aux personnes menant des recherches en histoire.»

En 1970, la Compagnie transfère son siège social au Canada, mais les archives demeurent à Londres jusqu'en 1974, année où elles seront finalement expédiées à Winnipeg. La couronne britannique considère alors que ces documents sont d'une telle valeur qu'elle ne peut en permettre le retrait du Royaume-Uni qu'à deux conditions. Premièrement, la Compagnie de la Baie d'Hudson doit s'engager à microfilmer tous les documents antérieurs à 1904 et à déposer une copie de ces microfilms au Bureau des archives publiques de Londres. Deuxièmement, elle doit conserver ces documents dans un lieu d'archivage reconnu. En 1973, la Compagnie accepte de déposer ses archives, en vertu d'un prêt à long terme, aux Archives du Manitoba. Les documents sont alors expédiés au Canada et le public y aura accès dès 1975, après une année consacrée à leur réorganisation.

La collection muséale de la Compagnie de la Baie d'Hudson
En 1920 également, Francis David Wilson, commerçant de fourrures à la retraite, est chargé de réunir une collection d'artéfacts témoignant du commerce des fourrures et de la culture autochtone pour les besoins d'une exposition destinée aux magasins du centre-ville de Vancouver et de Winnipeg. Constituée principalement d'objets offerts à la Compagnie au cours des cérémonies de traite, la collection est regroupée au magasin de Winnipeg en 1935. Vers la fin des années 1960, l'espace qu'elle occupe est requis aux fins des activités commerciales, et les pièces de la collection doivent être entreposées temporairement. La Compagnie entreprend alors des négociations avec le ministère manitobain de l'Industrie et du Commerce au sujet de l'avenir de la collection. On propose de la transférer au lieu historique national de Lower Fort Garry près de Winnipeg, au Manitoba. La Compagnie signe une entente de prêt à long terme avec Parcs Canada. Un nouvel espace muséal est construit pour accueillir la collection. Il ouvrira ses portes en juin 1966.

Au début des années 1990, Parcs Canada juge que le lieu historique de Lower Fort Garry ne dispose pas des installations suffisantes pour exposer, entreposer et conserver la collection. Au terme d'une série de rencontres, les parties intéressées concluent que le Musée du Manitoba conviendrait mieux à la collection. Ce choix s'impose de lui-même puisque le Musée a déjà reçu la réplique du Nonsuch, construite à l'occasion des célébrations du tricentenaire de la Compagnie en 1970.

Un don à la nation
La question de ces deux prêts à long terme est réglée une fois pour toute en 1994. Le 27 janvier, le gouverneur en poste, Donald McGiverin, annonce que la Compagnie fait don de ses archives et de sa collection muséale respectivement aux Archives provinciales du Manitoba et au Musée du Manitoba. À cette occasion, M. McGiverin déclare : «Ces deux dons s'inscrivent dans la foulée de notre volonté de céder aux autorités publiques les biens de la Compagnie qui font partie du patrimoine canadien.» La Compagnie avait précédemment fait don des sites historique de Lower Fort Garry et de York Factory, ainsi que de la réplique de 1970 du Nonsuch, premier navire de la Compagnie. M. McGiverin ajoute : «Ce don est spécial, voire unique, en raison de la décision prise par la Compagnie de la Baie d'Hudson d'investir ses économies d'impôts dans des fondations visant à soutenir l'histoire canadienne et les œuvres de bienfaisance.»

Au cours de la cérémonie officielle qui se tient à Winnipeg le 1er mars 1994, Gary Filmon, premier ministre du Manitoba, affirme qu'il s'agit «d'un geste généreux et sans précédent en matière de responsabilité sociale de la part d'une entreprise». Il accepte ces dons au nom des deux institutions manitobaines qui les conserveront «en fiducie au bénéfice du peuple canadien».

Salle d'entreposage, Archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, Winnipeg

Salle d'entreposage, Archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, Winnipeg

La Fondation d'histoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson
En 1994, la collection d'archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson, qui compte des milliers de documents dont certains remontent à la fondation de Hbc, est évaluée à quelque 60 millions de dollars. Quant à la collection muséale de la Compagnie, elle réunit plus de 6 000 artéfacts se rapportant principalement à la culture autochtone et au commerce des fourrures; elle est estimée à 8,1 millions de dollars. Afin d'assurer la conservation, la gestion et l'interprétation de ces précieux dons, la Compagnie de la Baie d'Hudson établit sa propre fondation d'histoire.

Financée par les économies d'impôt (environ 29 millions de dollars) provenant des dons de l'entreprise, la Fondation d'histoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson est une œuvre de bienfaisance privée contrôlée par la Compagnie. Elle a pour but de faire avancer les connaissances et de stimuler l'intérêt du public à l'égard de l'histoire du Canada. Pour ce faire, elle offre une aide financière à des récipiendaires qualifiés. La majeure partie des dépenses annuelles de la Fondation se rapportent à l'aide substantielle qu'elle accorde à la collection d'archives et à la collection muséale de la Compagnie de la Baie d'Hudson ainsi qu'à la Société d'histoire nationale du Canada, organisme à but non lucratif dont l'objectif consiste à aiguiser l'intérêt du public pour l'histoire du Canada. Cette société, qui compte plus de 50 000 membres, a pris en charge la publication du magazine The Beaver en 1994. À l'origine, ce magazine était le bulletin interne de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Aujourd'hui, The Beaver est la publication d'histoire la plus populaire au Canada. Par l'intermédiaire de la Société d'histoire nationale, la Fondation d'histoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson commandite également les prix du gouverneur général pour l'excellence dans l'enseignement de l'histoire du Canada. Enfin, la Fondation peut affecter annuellement entre 150 000 $ et 200 000 $ à d'autres projets de nature historique. Les récipiendaires doivent être des organismes de bienfaisance reconnus.

Lorsqu'elle a cédé ses archives et ses artéfacts, la Compagnie de la Baie d'Hudson n'a pas, comme certains l'ont craint, délaissé son histoire ou oublié ses racines. Aujourd'hui, son service du Patrimoine est la preuve tangible que l'histoire a conservé sa place au sein de la Compagnie. Les dons ont facilité l'accès aux collections et ont contribué, du coup, à promouvoir l'histoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson, tant au Canada qu'à l'étranger. D'innombrables historiens et chercheurs consultent ces collections chaque année, et le fruit de leurs travaux confirme l'importance de la Compagnie de la Baie d'Hudson dans l'histoire de notre société.