(untitled)

Jack Carson a travaillé chez Zellers à Montréal
«J’ai été muté de Guelph à Montréal pour l’ouverture d’un magasin Zellers au centre commercial Moorgate, aujourd’hui fermé. Le magasin était aménagé comme n’importe quel autre, avec des caisses enregistreuses sur tous les comptoirs, mais à la dernière minute, on a décidé d’en faire un magasin libre-service. Le premier du genre au Canada. On a donc retiré deux comptoirs, ce qui a compliqué les choses parce qu’il n’y avait pas de place pour les paniers ni pour quoi que ce soit d'autre. Le nouveau magasin libre-service a ouvert ses portes en 1956. Avant, on trouvait une caisse à chaque comptoir des magasins Zellers plutôt que des rangées de caisses à la sortie. Il y avait une caisse au comptoir de l’épicerie et une au comptoir des viandes, ce qui exigeait un nombre impressionnant d’employés.

«Lors de la grande ouverture, j’ai jeté un coup d’œil dehors et j’ai aperçu une magnifique Bentley rouler jusqu’à l’entrée principale, puis Walter Zeller, fondateur de Zellers, est entré dans le magasin. Comme c'est le cas lors de la plupart des ouvertures, la situation était plutôt confuse. Il n'y avait pas suffisamment de caisses enregistreuses et les files d'attente s'étendaient jusqu'à l'arrière du magasin. M. Zeller était là et m'a parlé pendant 15 ou 20 minutes. Le vice-président de l'Exploitation tenait la caisse au comptoir des bijoux; vous vous imaginez la confusion (rire)! On s'est vite mis à parler de service rapide plutôt que de service complet. M. Zeller n'a eu que ce commentaire : "Vous appelez ça du service rapide? La file d'attente est tellement longue qu'elle se rend jusqu'au fond du magasin!"»

Bill Miles a commencé sa carrière chez Zellers en 1949 à l'âge de 12 ans
«Je m'appelle Bill Miles mais, lorsque j'ai commencé à travailler chez Zellers, on m'appelait Billy Miles. C'est sous ce nom que la plupart des anciens de la Compagnie me connaissent. Mon premier emploi chez Zellers remonte au congé de Pâques de 1949. J'étais alors en septième année, à l'école primaire de Hamilton. J'étais allé flâner au magasin Zellers du centre-ville de Hamilton, le magasin numéro 7, comme le font les enfants les jours de congé. Le directeur adjoint du magasin, Gordon Lewis, m'a aperçu et salué.

Jouet Zoom-a-Top, vers 1949

Jouet Zoom-a-Top, vers 1949

«Je le connaissais un peu parce qu'il fréquentait la même église que mes parents. Il était en train de dresser l'étalage d'un nouveau petit jouet appelé Zoom-A-Top, et il m'a montré comment ça fonctionnait. Pendant que je m'amusait avec ce jouet, des clients se sont approchés et ont commencé à en acheter. Puis après une dizaine de minutes, Lewis, qui était un type plutôt bourru, m'a dit de ficher le camp et de rentrer chez moi. Mais lorsque je suis arrivé à la maison, ma mère m'a dit : "Je ne sais pas ce que tu as fait, mais monsieur Lewis veut que tu mettes des vêtements propres, que tu te débarbouilles et que tu retournes au magasin".

«Lorsque je m'y suis rendu, les présentoirs étaient tous dressés. On m'a installé sur une caissette de lait et j'ai commencé à faire la démonstration du jouet, qui s'est très bien vendu. C'était le jeudi précédant Pâques. J'y suis retourné le vendredi matin, et j'ai vu que Louie Penick, l'étalagiste, avait monté tout un étalage en vitrine. On m'a installé dans la vitrine pour faire la démonstration du jouet. Il s'est si bien vendu que le samedi après-midi, tout le stock était écoulé. On m'a donc envoyé balayer les réserves.

«Le week-end suivant, il ne restait plus de stock, mais le magasin 24, situé sur la rue Ottawa au coin de Barton, à Hamilton, avait vendu très peu d'unités. On m'a donc envoyé au magasin 24 vendre des jouets. Après le week-end, il n'en restait plus. De plus, le concierge venait de subir une crise cardiaque aussi m'a-t-on demandé de venir lundi après l'école pour balayer les planchers. Le concierge n'est jamais revenu au travail, et j'ai donc continué de balayer les planchers.

«C'est ainsi que j'ai commencé à travailler chez Zellers, de la démonstration de jouets au balayage des réserves. J'ai continué à travailler au magasin à temps partiel pendant mes années de primaire et durant tout mon secondaire à l'école Central Secondary de Hamilton. Puis mes parents ont voulu que je devienne comptable agréé, mais la comptabilité ne m'intéressait pas. Je souhaitais plutôt travailler chez Zellers. Au lieu d'étudier en comptabilité, je me suis inscrit au programme d'études commerciales que l'université McMaster venait tout juste d'instaurer. J'ai donc été admis à ce programme qui en était à sa première année, puis quatre ans plus tard, j'ai obtenu mon diplôme en commerce. Pendant tout ce temps, j'avais continué à travailler à temps partiel chez Zellers et lorsque j'ai eu mon diplôme, je me suis joint au programme de formation des cadres de Zellers. J'ai donc fait partie de la première vague de diplômés universitaires que Zellers a embauchés. Jusque là en effet, peu de diplômés universitaires étaient embauchés. C'était en 1959 : j'ai obtenu mon diplôme de l'université et j'ai commencé aussitôt à travailler à temps plein chez Zellers après 10 ans à temps partiel.»

J.-P. Laurier dans un magasin, vers 1940

Jean-Paul Laurier dans un magasin, vers 1940

Jean-Paul Laurier, anciennement du service des Peaux brutes à Montréal
«J’avais déjà manipulé pas mal de fourrure, pendant 2 ans, avant d’aller à l’école de la fourrure. Mais il y a énormément de choses nouvelles que j’ai apprises; il y avait entre autre le renard roux québécois et le renard roux «western», deux renards roux qui présentaient pourtant de bonnes différences. Un renard roux valait une cinquantaine de dollars s'il était capturé sur la Côte Nord, mais pas plus d'une vingtaine s'il provenait de la région de Montréal. Et ça a changé avec les années, c’est comme avec le vison.

«Il y avait la qualité de la fourrure, et le type de peau aussi. Certaines étaient comme de la soie au toucher. Sans me vanter, vers la fin, je pouvais juger de la qualité du castor, par exemple, sans même avoir besoin d’y toucher.

J.-P. Laurier avec une fourrure, vers 1943

Jean-Paul Laurier avec une fourrure, vers 1943

«On recevait des peaux d'animaux capturés par des cultivateurs ou des trappeurs. Ils nous disaient : "Voici le castor que j'ai pris cette année", et je répondais : "Ce n'est pas un castor que vous avez pris cette année, c’est un castor d'il y a deux ans". "Ah! Jamais de la vie…". Je répondais: "Monsieur, les mensonges c’est pas un péché et c'est n'est pas bon pour les affaires". On pouvait prendre une peau et dire quel âge elle avait. Par la couleur de la peau.»

Écouter cet extrait.


Rosaire Robillard au travail, 1953

Rosaire Robillard au travail, 1953

Rosaire Robillard, employé de Morgan pendant 40 ans. Fait partie d'une famille comptant 109 ans de service répartis sur trois générations. Embauché en 1945 à titre d'aide chauffeur, il a terminé sa carrière comme responsable de la distribution pour les magasins la Baie et Simpsons de Montréal.

«J’ai rencontré mon oncle, qui avait beaucoup d'influence. Il m'a demandé où je voulais travailler, mais je ne le savais pas vraiment. Quand on arrive de la campagne, on n'est pas trop familier avec le public. Il m'avait offert de travailler dans le magasin, mais nous avons plutôt choisi la livraison. Mon oncle m'a présenté au patron en lui disant : "je vous amène un bon jeune homme". Le patron ne me connaissait pas, mais comme j'étais le neveu… C’était un nommé Danskin, un Écossais. Mon oncle lui a demandé de lui rendre service en m'engageant. Il a dit : "OK, no problem". Il m’a fait signer un papier puis il m’a dit : "do you speak English"? J’ai dit : "a little bit". À l'époque, on disait tous ça. A little bit. Mais je connaissais un peu l'anglais et j'ai appris avec le temps.

Rosaire Robillard et une de ses oeuvres, 2003

Rosaire Robillard et une de ses oeuvres, 2003

«Ensuite, j'ai dû aller chercher mon uniforme. Il y avait une blanchisserie de l'autre côté de la rue. C'est là qu'ils lavaient tous les draps qu'ils utilisaient pour couvrir la marchandise. On nous donnait deux uniformes, Quand l'un des deux était sale, on le laissait à la blanchisserie et on portait l’autre, ça faisait un roulement. L'uniforme avait des boutons dorés et il y avait une casquette de police. Les employés de Morgans étaient très respectés! Travailler pour Morgans à Montréal, c’était "numéro 1", comme on dit.»


June Moore est entrée au service de Zellers en 1948
«C’était à mes débuts, au comptoir des bas où je travaillais alors. Nous étions tout juste devant l’entrée; comme la guerre venait de finir, nous n’avions pas beaucoup de marchandises à offrir. Nous avions à vendre une espèce de tricot qui était très populaire auprès de la jeunesse de l’époque. Et nous en avions un certain nombre, à peu près deux douzaines, je pense; ils étaient placés au bout du comptoir. Avant l’ouverture, tout un groupe de femmes faisait déjà la file devant la porte pour en obtenir un. J’imagine qu’elles voulaient ces tricots pour leurs filles, car les gens plus âgés ne portaient pas ce genre de chose. Quand on a ouvert les portes, elles se sont ruées vers le comptoir pour s’emparer du premier tricot qui leur tombait sous la main [rire]! Le comptoir s’est vidé en un rien de temps! Je les vois encore entrer en courant [rire]. Elles auraient fait n’importe quoi pour avoir un de ces tricots. Et une fois qu’elles en avaient un, elles se mettaient à regarder la taille et après on les voyait se les échanger entre elles.»

Magasin du Nord, vers 1943

Magasin du Nord, vers 1943

Wulf Tolboom, employé de longue date de Hbc dans le Grand Nord
«Nous avions un magasin et nous échangions diverses marchandises contre les fourrures que nous apportaient les trappeurs. Nos produits se limitaient à de la farine, des munitions, du thé, du sucre et des pièges. Il n’y avait jamais d’échange d’argent : tout le commerce se faisait avec des jetons. J’établissais en jetons la valeur de chaque peau qu’on nous apportait, et on retirait à mesure des jetons du tas qu’il y avait sur la table. Je me souviens que les premiers jetons que nous avons eus étaient censés représenter la valeur d’une peau de castor. Il n’y a pas de castors dans l’Arctique, mais c’est sur des jetons comme ça que reposait le système d’échange. C’est un peu comme si aujourd’hui, on disait qu’une peau équivaut à un dollar. Ensuite, les jetons se sont mis à ressembler aux pièces de cinq, dix et vingt-cinq cents; ça rappelait plus l’argent, j’imagine. Ils étaient en étain et les trappeurs n’en ramenaient jamais chez eux. Ils nous laissaient ce qui leur restait pour qu’on inscrive un crédit à leur compte. Quand ils revenaient, on leur demandait combien de peaux ils avaient, et on mettait sur la table le nombre de jetons qu’il fallait. Ça pouvait aller jusqu’à 100 ou 200 jetons, selon le nombre de peaux. Et ils en avai parfois beaucoup! Dans ces cas-là, ils ne les échangeaient pas tous contre des marchandises – ils demandaient qu’on crédite l’excédent à leur compte.»

Diana Wessels, 2004

Diana Wessels, 2004

Diana Wessels a travaillé pour Simpsons
«À cette époque, on pouvait acheter des canots chez Simpsons. Nous en avions d’ailleurs acheté un, et un de nos amis aussi. Il faisait des expéditions en canot et il avait été guide au parc Algonquin dans sa jeunesse. Il avait sa façon bien à lui de tester un canot : il en a mis un sur ses épaules en plein milieu de l’allée du magasin, vous savez, comme quand on fait un portage. C’est comme ça qu’il jugeait du poids du canot. Et il a fait ça en plein magasin! Il a finalement acheté le canot et on l’utilise encore aujourd’hui.»

 

Search Careers Shop About More