(untitled)

Restauration de la Charte royale

Portrait du roi Charles II. Détail de la Charte de Hbc.

De la date de son octroi, le 2 mai 1670 jusqu'à 1974, année de son envoi au tout nouveau siège social de Bloor Street, à Toronto, la Charte royale est conservée en Angleterre. Les premiers membres de la «Compagnie des aventuriers» comprennent très bien l'importance du document qui leur octroie leur monopole et constitue la Compagnie en société, à tel point qu'ils en font faire une copie.

Des sources indiquent que dans les premières années, la Charte échappe au contrôle de la Compagnie : une première fois en 1679 et de nouveau en 1681. Dans les deux cas, elle est donnée en garantie pour des prêts. Par la suite, elle sera conservée dans un coffre-fort et une copie en est placée, à des fins d'inspection, dans la salle du Comité des bureaux londoniens, lesquels, dans les siècles qui suivront, occuperont divers endroits, dont Scriveners Hall, 3 et 4 Fenchurch Street et 1 Lime Street.

Dès 1920, la Charte est conservée dans la salle principale du Conseil, à la Hudson's Bay House de Londres. De 1939 à 1945, elle est envoyée à l'extérieur de la ville pour conservation, avec la majeure partie des documents de la Compagnie. Le tout se retrouve alors à Hexton Manor (Herfordshire), résidence de villégiature du gouverneur de l'époque, Sir Patrick Ashley Cooper. Le sceau, qui est alors très fragile, est retiré et conservé séparément. Sceau et charte seront réunis en 1946, et conservés au service des Archives à Beaver House. Pendant de nombreuses années, la Charte repose librement dans un coffre-fort. Plus tard, en vue de la visite de la reine à Beaver House, elle est placée dans un meuble spécial, dans le bureau du gouverneur. Dans les années 1980, on la retrouve à Toronto, scellée sous verre dans la salle du Conseil de la Compagnie. Elle aurait fort bien pu y rester, mais le sort en a décidé autrement.

En 1996, Brian C. Grose, alors secrétaire de Hbc, reçoit une demande d'envoi de la Charte à Winnipeg où elle serait montrée au prince de Galles, qui a demandé à la voir. Initialement, M. Grose refuse, puis il réalise qu'il convient de demander une opinion professionnelle. Il communique alors avec la firme Dorset Conservation, qui se spécialise dans la préservation et la conservation de documents papier. Le président de Dorset, feu Kenneth Lockwood, est consulté et fait savoir à Hbc que si elle est manipulée correctement, la Charte peut très bien supporter le voyage. Elle est donc envoyée à la rencontre du prince Charles, héritier et successeur direct de son homonyme, le roi Charles II qui l'avait octroyée.

À la suite de cette aventure, M. Grose et le gouverneur de l'époque, David E. Mitchell, décident de faire évaluer la Charte dans le but de la conserver et de la protéger pour l'avenir. Ken Lockwood établit un programme en trois volets : analyse historique du document et de sa création; analyse scientifique de son état actuel au moyen d'une technologie de pointe; et recommandations pour sa préservation et sa présentation, afin de la protéger à perpétuité. Hbc accepte le plan, que M. Lockwood gérera par la suite.

Un conservateur de l'Institut canadien de conservation et un scientifique examinent la charte au moyen d'un stéréomicroscope. © Tous droits réservés.  Reproduit avec la permission de l'Institut canadien de conservation, Ministère du Patrimoine Canadien, 2008.

Thea C. Burns, professeure de conservation de l'art à l'université Queens, qui offre le seul programme de deuxième cycle en conservation au pays, a effectué l'analyse historique. Ses recherches ont permis de mettre à jour des éléments fascinants au sujet de la création du document, notamment le fait que la plaque d'imprimerie utilisée pour créer le portrait du roi, de même que le «C» cursif du début, avaient originalement inscrit le nom du roi en latin – Carolus – et que cette inscription avait ensuite été effacée et remplacée. À la fin du XVIIe siècle, l'anglais remplaçait effectivement le latin dans les documents de ce type.*

L'Institut canadien de la conservation (ICC) et le National Research Council (NRC) ont collaboré à l'analyse scientifique. Le document a été transféré aux laboratoires de recherche de l'ICC, à Ottawa, afin de consigner son apparence actuelle et son état de détérioration. La Charte a été photographiée au moyen de lumière visible et de rayons ultraviolets; des photos de près ont été prises afin de faire ressortir les éraflures, les taches et les passages effacés. Des clichés spéciaux du sceau, faits aux rayons X, ont révélé les endroits où des épingles et des clous avaient été utilisés, à trois reprises, pour réparer des bris. Les scientifiques ont utilisé une technologie de pointe de scannage au laser, mise au point par le NRC, sur le sceau et la première page, afin de créer un document de référence. À ce moment, la Charte était le plus gros objet en trois dimensions scanné par le NRC. Toute image future prise de la Charte pourra donc être comparée à ces images de référence afin d'évaluer les changements d'apparence.

La charte de Hbc dans sa vitrine spécialement conçue.

Le rapport de l'ICC déclare que «l'état actuel de la Charte est excellent, compte tenu du fait qu'elle est entreposée depuis trois siècles». Les dommages étaient minimes et, comme c'est souvent le cas, résultaient directement d'efforts antérieurs de conservation. Toutefois, le choix du parchemin et la décision de conserver la Charte sous clé pendant la majeure partie de son existence ont contribué à sa longévité. Pour maintenir cette longévité, M. Lockwood a conçu et construit une unité de présentation vitrée qui fait appel à la toute dernière technologie aérospatiale. Cette unité de rangement est constituée d'une boîte en aluminium avec une vitre en verre trempé sur le dessus. Au lieu d'air, l'unité est remplie d'azote et maintenue à un degré d'humidité approprié afin de prévenir les dommages futurs, ou à tout le moins de les ralentir. Un meuble de bois recouvre l'unité de rangement; on peut en fermer les portes pour minimiser l'exposition à la lumière. La Charte a été placée dans cette nouvelle unité en avril 1997.

Aujourd'hui la Charte royale de la Compagnie de la Baie d'Hudson réside au siège social de la Compagnie, au 401 Bay Street, à Toronto. À la fin de 2005, elle a fait l'objet d'une nouvelle évaluation, dix ans après la précédente. Compte tenu de son importance historique unique, elle a été comparée à des documents tels que la Déclaration d'indépendance américaine et la Constitution canadienne. Il suffit de dire que la dernière évaluation lui attribue une valeur substantielle. Mais en fait, la Charte n'a pas de prix.

* Pour en savoir plus, consulter Archivaria 45 (printemps 1998), pp. 170-193.