(untitled)

Searle et
Les Fourrures qui Firent Fureur

Couverture de l'ouvrage Les Fourrures qui Firent Fureur, par Kildare Dobbs, illustrations de Ronald Searle, 1970

Couverture de l'ouvrage Les Fourrures qui Firent Fureur, par Kildare Dobbs, illustrations de Ronald Searle, 1970

En 1970, Hbc a célébré ses 300 ans d'existence. À cette occasion, la Compagnie avait demandé au célèbre caricaturiste britannique Ronald Searle de créer une série d'illustrations représentant des moments importants de l'histoire de Hbc. Ces illustrations devaient accompagner un récit épique comique rédigé par Kildare Dobbs et intitulé Les Fourrures qui Firent Fureur - Annales de la Compagnie de la Baie d'Hudson 1670-1970. Les illustrations de Searle apportent leur propre dose d'humour à la plume satirique de Dobbs. Trois autres dessins ont été produits pour figurer dans le dernier calendrier Hbc en 1970 et sont par conséquent les dernières illustrations de cette célèbre série de calendriers.

Les illustrations produites pour Les Fourrures qui Firent Fureur forment un groupe unique dans la collection Hbc. Les dessins de Searle sont remarquables par leurs détails tout en donnant l'impression d'avoir été griffonnés à la hâte. Il s'en dégage une sensation de «tracé préliminaire» avec des ombrages, des points et des lignes courbes servant à donner une impression de mouvement, de profondeur, d'ambiance et d'émotion. Ses compositions recèlent une foule de détails, chaque ligne ajoutant personnalité et impact au sujet. L'oeil doit chercher dans l'accumulation de marques et de coups de crayon pour apprécier les bizarreries des personnages et des situations. Qu'ils soient pauvres ou qu'ils soient rois, ses personnages prennent vie avec une étrangeté d'apparence. Un gros nez épaté, des cheveux ébouriffés et mal coiffés, une quantité incontrôlable de poils dans le visage, de longues dents saillantes, de gros yeux ronds, des membres aussi longs que maigres, des bouches grandes ouvertes, des sourires niais, des bottes beaucoup trop larges sur de petites jambes maigrelettes : voilà seulement quelques exemples des exagérations que Searle utilise avec beaucoup de succès pour amuser.

Comment rester bien au chaud, par Ronald Searle, vers 1969

Comment rester bien au chaud, par Ronald Searle, vers 1969

C'est toutefois l'humour de Searle qui guide sa main et illumine ses æuvres de son propre esprit satirique. Il a la capacité de trouver l'élément «amusant» dans les sujets les plus austères. La majorité de ses dessins sont fait à l'encre noire, mais quelques-uns présentent un peu de couleurs, notamment celui qui paraît sur la couverture du livre : on y voit un ours, un castor et un caribou nus et roses en train de vendre leur propre fourrure à un poste de traite de la Compagnie. Les æuvres de Searle sont très prisées des collectionneurs, qui apprécient la capacité de l'artiste de donner une touche satirique, et parfois même choquante, sans jamais offusquer carrément.

Les Fourrures qui Firent Fureur - Annales de la Compagnie de la Baie d'Hudson 1670-1970
Auteur : Kildare Dobbs
Illustrations : Ronald Searle

Lorsque l'oeuvre de Dobbs, basée sur l'histoire de Hbc, fut présentée au public en 1970, le Herald Magazine publia une critique qui décrivait Dobbs comme «un classique porté aux rêveries irrévérencieuses» ayant rédigé une histoire de la Compagnie «fantaisiste, mais jamais ennuyeuse». L'histoire de Hbc vue par Dobbs est parsemée de personnalités exagérées et de situations comiques, le tout rehaussé de l'humour se dégageant des illustrations de Searle.

Comment confectionner un chapeau de castor, par Ronald Searle, vers 1969

Comment confectionner un chapeau de castor, par Ronald Searle, vers 1969

Dans le cinquième chapitre, au titre interminable «Où l'on propose un Bestiaire Énigmatique ou Une Suite de Fables sur les Bêtes Comme Introduction aux animaux à Fourrure; avec Note et Une Dissertation sur le Castor», Dobbs utilise une approche très «didactique» pour décrire ce qu'il qualifie sarcastiquement de «rongeur exemplaire». Pince-sans-rire, Dobbs décrit la façon dont le castor a été perçu à travers les âges, de l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. Il choisit quelques-unes des perceptions du passé les plus fascinantes. Il explique notamment comment, dans l'Antiquité, le castor est devenu l'emblème du sacrifice aux risques calculés parce qu'il avait l'habitude d'arracher ses propres glandes génitales lorsqu'il était la proie de chasseurs. Apparemment, ce petit malin avait réalisé que les chasseurs ne s'intéressaient qu'au précieux castoreum sécrété par ses glandes, aussi en faisait-il le « prudent sacrifice » dans le but de sauver sa peau. Plus tard, lorsque les chasseurs réalisèrent que la peau du castor était tout aussi précieuse pour la confection de chapeaux pour homme, cette tactique cessa brutalement de fonctionner. Dobbs se fait un plaisir de signaler la croyance populaire selon laquelle il suffisait de porter un chapeau de castor pour acquérir une mémoire prodigieuse et ne rien oublier de ce qu'on avait lu. Le chapeau de castor avait acquis beaucoup de valeur.

Inspiré par la dissertation de Dobbs sur le castor, Ronald Searle fournit une illustration intitulée« Comment confectionner un chapeau de castor». Searle fait la démonstration convaincante mais parfaitement non scientifique que peu importe la façon dont on s'y prend, placer un castor vivant sur la tête de quelqu'un n'est pas la bonne méthode. Avec ce type d'humour absurde, les illustrations de Searle donnent à cette æuvre comique un style et une apparence tout à fait uniques.

Dédicace spéciale de Ronald Searle : "For the Hudson's Bay Company to mark 3 years of very happy association", 1970

Dédicace spéciale de Ronald Searle : «For the Hudson's Bay Company to mark 3 years of very happy association», 1970

Dans sa dédicace, Kildare Dobbs déclare que «Il suffit de contempler les illustrations de M. Searle : elles suffiront amplement à dissiper chez le lecteur ce qu'au XVIIIe siècle on appelait «les vapeurs».

Dobbs dit de son ouvrage qu'il s'agit d'une «fresque très personnelle, couvrant trois cents ans d'histoire, et rehaussée de digressions, de pastiches, de poèmes, d'interruptions et d'autres fruits de ma turbulente imagination». À titre d'exemple de ces interruptions et digressions, voici quelques conseils à l'intention des voyageurs qui s'aventurent dans les contrées sauvages canadiennes. Dobbs les avise que «les vieux trucs sont encore les meilleurs» pour se rendre dans le Grand Nord canadien :

La condition sine qua non de la survie est de ne pas laisser dissiper sa chaleur animale. Les premiers employés de la Compagnie étant quelquefois morts de froid, les survivants apprirent vite comment avoir toujours chaud : il suffisait de rester sale! En effet, rien ne conserve mieux la chaleur qu'une épaisse couche de crasse bien distribuée.

Dobbs offre également une recette de pemmican, l'aliment à forte teneur en graisse que mangeaient les hommes partis faire de longs voyages à l'époque de la traite des fourrures. Cette source de nutriments risque fort de faire grincer des dents le lecteur d'aujourd'hui. L'auteur suggère que si le cuisinier n'a pas accès à un buffle ou à un caribou, il n'a pas à s'en faire car il pourra quand même se faire facilement du pemmican dans l'intimité de son foyer :

«Trouvez quelque vieux quartier de viande desséchée et enlevez la croûte qui s'est formée à la surface. Broyez cette dernière dans un mortier jusqu'à ce qu'elle soit réduite en poussière. Ajoutez des raisins secs moisis, des plombs de chasse et un cruchon de graisse rance de provenance animale. Saupoudrez avec de longs cheveux noirs et des poils de chiens. Mélangez. Placez dans une vieille chaussure et faites réfrigérer. Après six mois, une fourrure duveteuse et verdâtre aura poussé sur le pemmican. Enlevez-la et mettez-la soigneusement de côté : c'est de la pemmicilline. Le pemmican est extrêmement nutritif et contient 180 calories par once.»

Les Fourrures qui Firent Fureur - Annales de la Compagnie de la Baie d'Hudson 1670-1970, par Kildare Dobbs; illustré par Ronald Searle. Bien qu'épuisé, cet ouvrage publié par McClelland and Stewart Limited est parfois offert dans les librairies d'occasion.