(untitled)

Lights of a City Street
par F.M. Bell-Smith

La collection d'art de la Compagnie de la Baie d'Hudson contient une æuvre qui suscite une grande admiration. Peint par F.M. Bell-Smith, le tableau Lights of a City Street est une véritable fenêtre sur une époque révolue au centre-ville de Toronto. Lorsqu'ils la voient pour la première fois, les amateurs s'y arrêtent un moment, captivés. Certains viennent au Arcadian Court (8e étage du magasin la Baie de Queen Street, à Toronto) dans le seul et unique but de l'admirer. Par exemple, ce tableau évocateur représente certains des premiers souvenirs d'enfance de Mike Filey, auteur et historien local qui a écrit : "Lorsque j'étais enfant, ma mère nous emmenait souvent, mes frères et moi, aux anciens magasins Eatons et Simpsons du centre-ville. J'ai dû voir cette æuvre encore et encore pendant nos nombreuses visites chez Simpsons".

 

Lights of a City Street par Frederick M. Bell Smith, 1894

Lights of a City Street
par Frederick M. Bell Smith, 1894

En 1894 Bell-Smith commence à peindre une grande æuvre de 75 pouces sur 50 pouces qui reproduit de façon détaillée l'intersection des rues King et Yonge en fin d'après-midi. De nombreux historiens de l'art canadien considèrent cette æuvre comme l'une des plus importantes de sa carrière.

 

L'association de F.M. Bell-Smith avec le monde des arts commence dès le moment de sa naissance à Londres en 1846. En effet, les æuvres de son père portraitiste et miniaturiste décorent souvent les murs de la Royal Academy of England. Suivant les traces de son père, Bell-Smith étudie à la South Kensington Art School, puis à Paris. L'artiste et sa famille déménagent au Canada en 1866 et s'établissent à Montréal. Peu de temps après, Bell-Smith commence à travailler comme photographe. Cette profession se révélera une importante source d'inspiration pour son approche documentaire de la peinture. L'année suivante, le père et le fils sont associés à la fondation de la Société des artistes canadiens.

La dernière décennie du XIXe siècle est une période faste pour cette ville cosmopolitaine. La croissance industrielle est soutenue, ce qui amène de nouvelles inventions et des révolutions technologiques, dont le tramway électrique. Après son introduction, ce mode de transport transforme en effet complètement le paysage urbain torontois.

The final decade of the nineteenth century was a booming period for Toronto. Industry was steadily expanding and with this came new inventions and revolutions in technology. One of these was the electric streetcar. Its introduction completely altered the face of the city.

Bell-Smith et sa famille résident au 366 Jarvis St., non loin de l'animation constante du centre-ville qui représente une source d'inspiration inépuisable pour l'artiste. À l'automne de 1894, Bell-Smith commence à peindre Lights of a City Street, qui représente pour lui un premier essai dans une nouvelle voie artistique. Avec cette æuvre, il s'éloigne du paysage proprement dit, sur lequel il avait principalement mis l'accent depuis son arrivée au Canada. Lights of a City Street se révèle pour lui une nouvelle orientation, celle du paysage urbain documentaire. Il y consacrera la majeure partie de son æuvre jusqu'à la fin de sa carrière. Le résultat des travaux expérimentaux de Bell-Smith est une vue incroyable de l'intersection des rues Yonge et King, avec un réalisme et un souci du détail inégalés.

L'horloge sur le mur du bâtiment principal situé sur le coin sud-est indique qu'il est 16 h 58. Les rues sont encore humides d'une pluie récente. Vers l'est, deux des nouveaux tramways circulant sur King font monter des passagers. En capturant l'essence de l'époque, Bell-Smith a reproduit le nom de tous les commerces locaux ayant pignon sur rue à cette intersection majeure. Ainsi, on voit clairement les bureaux de la Cunard S.S. Line, société de transport maritime située sur le coin nord-est, face à King Street.

Ce n'est pas une coïncidence si les visages des nombreux passants vaquant à leurs occupations semblent tellement vivants. Bell-Smith a réellement voulu créer une atmosphère "documentaire" en incorporant des personnes réelles qu'il connaissait bien dans sa vie professionnelle et personnelle. Le policier coiffé d'un casque et drapé d'une cape imperméable est le constable John William Radford, de la police de Toronto. Tout comme il le fait dans le tableau, il dirigeait souvent le trafic au coin de King et de Yonge. Après sa retraite, il travaillera comme gardien de sécurité pour le vaste magasin Simpsons sur Queen Street. Voilà une anecdote intéressante dans l'histoire de Hbc!

On peut voir deux autres personnages importants ailleurs dans le tableau : le monsieur entouré de vendeurs de journaux est l'artiste lui-même, et l'homme qui lève son chapeau pour saluer les femmes qu'il croise est son fils, le révérend F.M. Bell-Smith.

Après avoir terminé Lights of a City Street, Bell-Smith réalise qu'il se trouve à un point tournant de sa carrière. Ses amis et collègues artistes s'entendent tous pour le dire. Contrairement aux photographes, Bell-Smith ne s'est pas contenté de reproduire la scène qu'il voyait. Grâce à son utilisation minutieuse des couleurs, des tons et des détails, l'atmosphère particulière du passé, du présent et de l'avenir s'offrent au spectateur. Curieusement, il semble que le tableau n'ait pas été présenté publiquement avant 1897. Le concert instantané de félicitations encourage Bell-Smith à continuer de peindre de grands tableaux documentaires. Avec raison, puisque c'est cette æuvre qui lui assure la reconnaissance de son talent au Canada. Postes Canada choisit de célébrer l'artiste en émettant un timbre à son effigie en 1928.

Simpsons, Limitée fait l'achat de Lights of a City Street peu après sa première présentation publique et l'expose fièrement dans son magasin de Queen Street. Pendant un certain temps, l'æuvre est exposée dans la Palm Room, prédécesseur du restaurant Arcadian Court. Plus tard, pendant plusieurs années, le tableau orne les murs des bureaux de la direction, puis à la réception du Arcadian Court. Il se trouve aujourd'hui au rez de chausée du magasin, en face des acenseurs. F.M. Bell-Smith serait sans doute très heureux de constater que tant de Torontois prennent plaisir à admirer chaque jour la scène de vie urbaine qu'il a travaillé si fort à immortaliser dans Lights of a City Street.