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Seeguapik de Povungnetuk taille la pierre d'une sculpture, entre le bras et le visage, 1956. Peter Murdoch

Seeguapik de Povungnetuk taille la pierre d'une sculpture, entre le bras et le visage, 1956. Peter Murdoch
ACBH 1987/363-E-311/6C

L'intérêt de HBC pour l'art inuit remonte aux années 1930, alors que la Compagnie tente de développer un marché pour l'artisanat inuit. L'effort est vaillant, mais la grande dépression représente un obstacle de taille. Le marché de l'art inuit reprend toutefois de la vigueur dans les années 1940. C'est la détermination d'un homme en particulier, James Houston, qui inspire le regain d'intérêt envers les sculptures inuites. En 1948, M. Houston se rend dans l'Arctique canadien et est subjugué par la beauté simple qu'il perçoit dans ces sculptures. Il commence à collectionner des sculptures faites de pierre, d'ivoire et d'os, avec l'aide de Norman Ross, directeur du poste d'Inukjuak (anciennement Port Harrison). M. Houston ramène de nombreuses œuvres qui seront exposées à la Corporation canadienne de l'artisanat, à Montréal, en novembre 1949.

L'exposition connaît un vif succès et attire l'attention de ce qui est alors le ministère fédéral des Mines et ressources. Encouragé par ce qu'il voit, le ministère remet une subvention à M. Houston pour qu'il entreprenne d'autres expéditions d'achat. M. Houston utilise les avions de la Compagnie de la Baie d'Hudson pour se rendre à Nunavik, dans le Québec arctique, et au Nunavut au nom de la Corporation canadienne de l'artisanat. Il élargit le mandat de la Corporation afin d'encourager, de soutenir et de développer l'artisanat et l'art canadiens dans le pays tout entier, et s'efforce de trouver des marchés, au pays et à l'étranger, pour les articles produits par les créateurs de talent. La Compagnie de la Baie d'Hudson vient en aide à la Corporation en mettant à sa disposition certains de ses bâtiments du Nord. En 1953, la Compagnie de la Baie d'Hudson devient le fournisseur d'art inuit de la Corporation canadienne de l'artisanat, puisqu'elle a les fonds nécessaires pour acquérir une grande quantité de sculptures et les moyens de les transporter et de les entreposer. Au fil du temps, la sculpture devient une importante source de revenus pour les Inuits et pour des régions tout entières, particulièrement celles de Povungnituk et d'Inukjuak.

James Houston, 1960
Rosemary Gilliat/ Bibliothque et Archives Canada/PA-146505

James Houston, 1960
Rosemary Gilliat/
Bibliothèque et Archives Canada/PA-146505

James Houston joue également un rôle important en faisant connaître l'art des estampes japonaises aux Inuits, qui adoptent cette forme d'art avec une aisance exceptionnelle et l'adaptent à leur manière. Les estampes inuites se vendent très bien auprès d'un public intéressé à en apprendre plus sur la culture et l'imaginaire inuits.

Dès la fin des années 1960, trois groupes jouent un rôle actif dans le développement de l'industrie de l'art autochtone. En 1965, la Co-operative Union of Canada établit l'organisme Producteurs de l'Arctique canadien coopérative Limitée pour aider les peuples du Nord à contrôler le marketing de leurs produits. Fondée en 1967, la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec (FCNQ) sert de moteur au développement économique contrôlé par les gens de Nunavik eux-mêmes. Parmi les secteurs sur lesquels la FCNQ se concentre figure le marché naissant de l'art autochtone; l'organisme est alors le plus important vendeur de gros dans ce domaine. (Le mouvement coopératif dans le Nord du Québec est fondé à la fin des années 1950 par le père Oblat André Steinmann et l'ancien directeur de HBC Peter Murdoch.) Entre-temps, la Compagnie de la Baie d'Hudson établit elle aussi une agence de vente en gros d'objets d'art inuit. Anciennement située dans le dépôt de marchandises de Montréal, sur le boulevard Hymus (Pointe-Claire), cette division de la Compagnie déménage en 1979 au 195, à place Frontenac (Pointe-Claire). Elle prend le nom de division d'artisanat de la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Animaux Acrobates, par Jamasie Teevee, gravure, 1971 Reproduction autorisée par la West Baffin Eskimo Co-operative Ltd., Cape Dorset, Nunavut

Animaux Acrobates, par Jamasie Teevee, gravure, 1971 Reproduction autorisée par la West Baffin Eskimo Co-operative Ltd., Cape Dorset, Nunavut

Ses clients sont principalement des galeries d'art, mais on compte également parmi eux des musées, des magasins d'artisanat, des boutiques et des grands magasins canadiens, américains et européens. Les directeurs des Magasins du Nord de la Compagnie de la Baie d'Hudson situés dans les communautés où sont produites les sculptures les achètent directement des artistes. Pour les aider à réaliser leurs achats, des représentants de la division d'artisanat se rendent dans les magasins arctiques pour leur expliquer comment acheter l'art inuit et comment déterminer de justes prix. James Houston, alors connu comme le «représentant arctique» de la Corporation canadienne de l'artisanat, rédige un ouvrage intitulé Eskimo Handicrafts – A Private Guide for the Hudson’s Bay Company Manager. Cette publication interne indique quoi rechercher, comment évaluer la qualité des sculptures, quel prix payer et comment faire le marketing de l'art inuit.

En 1981, la Compagnie de la Baie d'Hudson ouvre un centre de distribution et une salle d'exposition de l'art inuit à Toronto dans son nouvel immeuble de vente de fourrures sur l'avenue Skyway, près de l'aéroport. Jackie Findlay, alors directrice commerciale du centre d'artisanat de la Compagnie de la Baie d'Hudson à Montréal, déménage à Toronto pour prendre la direction de la salle d'exposition. Celle de Montréal demeure toutefois ouverte, et il y a également un peu de stock à Winnipeg. En 1983, Quintin Finlay, alors directeur général adjoint de la division du Centre des Magasins du Nord, sise à Winnipeg, est nommé directeur du Marketing du nouveau secteur. Il devient rapidement apparent que Toronto est maintenant le centre du marché de l'art inuit, aussi décide-t-on d'y regrouper l'ensemble des activités. Il faut donc déménager le stock (très abondant) de Montréal et de Winnipeg jusqu'à Toronto. Au même moment, la division prend le nom de service de marketing de l'art inuit, ce qui reflète mieux sa nature. Les achats de sculptures sont supervisés plus étroitement afin d'assurer une qualité plus constante. Des marchands venus de partout en Amérique du Nord et en Europe communiquent avec la division au sujet des sculptures inuites. En 1987, HBC cède sa division des Magasins du Nord à un groupe d'investisseurs qui inclut un certain nombre d'employés. La division de marketing de l'art inuit fait partie de cette nouvelle entreprise, qui prend le nom de Compagnie du Nord Ouest en 1990.