Six degrés de séparation

2015-06-04

Que ce soit l’un de vos amis, un membre de votre famille ou un collègue, au moins une personne de votre entourage a déjà travaillé pour nous, et c’est ce qui nous distingue des autres entreprises.

Travailler pour une entreprise qui est sur le point de célébrer son 350e anniversaire, et savoir que les plus de trois siècles de l’histoire canadienne se confondent avec celle de HBC, ne peut que susciterl’émerveillement. Mais au-delà de la simple longévité de la Compagnie, c’est le nombre de personnes qui ont évolué avec nous qui impressionne.

Plusieurs d'entre vous peuvent compter parmi vos ancêtres des explorateurs, des commerçants de fourrure ou des associés de HBC.Des milliers de Canadiens et d'Américains peuvent d’ailleurs revendiquer des origines datant de l'époque de la traite des fourrures dans la baie d’Hudson. Il en va de même pour la plupart des gens des Prairies et de l'Ouest canadien qui sont de descendance métis : leur histoire se mêle à celle de HBC.

Puisque nous faisons de la vente au détail depuis plus d'un siècle, davantage de liens unissent les gens des grands centres urbains à HBC, qu'ils aient travaillé pour la Compagnie ou l'une des entreprises que nous avons achetées, qu'ils nous aient fourni de la marchandise ou qu'ils aient magasiné chez nous.Il y a peu de temps, HBC était le cinquième plus important employeur au Canada avec plus de 70 000 employés à temps plein et temps partiel. C'est toute une liste de paie!

À la lumière de cette riche histoire, il n'est alors pas si surprenant que nous puissions rattacher si facilement HBC aux gens d'ici,et en bien moins quesix degrés de séparation.

J'aime jouer au jeu suivantlorsque je rencontre quelqu'un pour la première fois et que cette personne me demande où je travaille. Je lui réponds avec fierté que je travaille pour HBC. Il n'en faut habituellement pas davantage pour qu’elle me nomme les gens de son entourage qui ont travaillé pour la Compagnie. Dans mon cas, ma belle-sœur a décroché son premier emploi d’été à l'entrepôt de Pointe-Claire au Québec au début des années 70 et une de mes tantes a été associée à la vente chez Simpsons pendant dix ans. Un de mes bons amis a brièvement travaillé aux Services après-vente du rayon des gros articles pour la maison dans les années 90 et une ancienne collègue du Service du Patrimoine HBC effectuait un retour dans la Compagnie, après avoir payé ses études en travaillant à temps partiel chez Zellers. Enfin, une collègue albertaine actuelle a appris, après avoir commencé à travailler avec nous, que sa grand-mère était acheteuse à l'interne à Edmonton au milieu du vingtième siècle.

HBC est si importante pour les Canadiens qu’elle s'est pratiquement insérée dans notre ADN.

Les bons côtés de l'hiver

2015-03-10

Cette année, nous avons connu un hiver long, marqué par des records de froid.  Ce fut un hiver encore plus rigoureux que ceux auxquels nous sommes habitués, mais nous y avons survécu.  Toutefois, je ne peux m'empêcher de penser à cette saison dans le contexte de l'histoire de HBC et me demander quel effet elle a eu.

Voltaire a décrit avec mépris l'Amérique du Nord, ou plus précisément la Nouvelle-France, comme «quelques arpents de neige».  C'est effectivement l'impression que les Européens devaient avoir.  Nos hivers ont en effet été une découverte cruelle pour eux, qui s'attendaient à un climat similaire au leur, surtout à la même latitude.  Mais jeter un coup d'œil à la latitude de la Grande-Bretagne ou du Midi de la France comparativement au Canada permet de rejeter rapidement cette pseudoscience.

Il n'en demeure pas moins que l'hiver était une composante essentielle de la traite des fourrures.  Pour les commerçants en fourrure, l'année se divisait en deux saisons : l'hiver et le reste.  Ces saisons se démarquaient au moyen d'événements météorologiques annuels, tels que le gel et le dégel.  L'hiver était, pour de nombreuses raisons, la période la plus importante de l'année.

La qualité du produit était la clé du succès de la traite des fourrures.  Les peaux provenant du Canada étaient (et demeurent) les plus prisées, et cette réalité découle directement du climat extrême.  Les animaux réagissent au froid en produisant une fourrure épaisse et dense.  Plus il fait froid, meilleure est la qualité des peaux.  Par conséquent, les hivers rigoureux étaient essentiels à la rentabilité de HBC.

Mais que faisaient les commerçants pendant que Mère Nature s'occupait d'assurer la qualité de leur produit?  L'hiver était la saison des activités sociales.  Le rythme de travail ralentissait beaucoup parce que les conditions météorologiques nuisaient à la plupart des activités de commerce.  Mais les rivières et les lacs gelés convenaient bien aux longs déplacements en traîneau avec ou sans chiens, ou en raquettes.  Avec la diminution du temps de travail et l'augmentation des temps de loisir, l'hiver était la période idéale pour faire des visites, effectuer des mutations de personnel entre les postes de traite et mettre à jour la documentation.

L'une des traditions les plus colorées de la traite des fourrures, celle du Beaver Club, est née de la nécessité de trouver des activités pour combler les longues journées d'hiver.  La Compagnie du Nord-Ouest fonde le Club à Montréal en 1785; il s'agit d'un club social sélect s'adressant aux commerçants en fourrures qui ont passé au moins un hiver dans l'intérieur des terres.  Les membres se réunissent le deuxième mercredi de chaque mois, depuis la première semaine de décembre jusqu'à la deuxième d'avril.  Les réunions prennent la forme de repas élaborés, avec de nombreux services, qui durent jusqu'aux petites heures du matin; l'alcool coule à flots et les convives se laissent aller à de bruyantes libations.  Les invitations au club sont difficiles à obtenir et extrêmement prisées.

De nos jours, l'hiver a bien sûr une signification totalement différente.  C'est la saison des fêtes, et du très important quatrième trimestre qui détermine le succès ou l'échec de l'exercice financier.

Tout comme par le passé, l'hiver est à la fois la fin de quelque chose et l'occasion de remettre le compteur à zéro pour la nouvelle année.

La cinquième : il n'y a pas de meilleur endroit…

2014-02-05

La plupart des gens ne tiennent pas tellement à finir cinquièmes.  À moins de finir sur la cinquième, de préférence à New York.  En effet, on parle alors de la cinquième avenue, paradis du magasinage de luxe en Amérique du Nord.  Il en est ainsi depuis le milieu du XIXe siècle, moment où le cœur commercial de New York se déplace à cet endroit.

En 1869, Lord & Taylor ouvre un magasin au 901 Broadway, à l'intersection sud-ouest de la 20e rue Est, en plein cœur du district qui prendra le nom de «The Ladies' Mile».  Entre la guerre de Sécession et la Première Guerre mondiale, le district défini par les 8e et 23e rues, l'avenue Broadway et la 6e avenue abrite certains des plus célèbres grands magasins new-yorkais, dont L&T.

Dès le XXesiècle, le centre commercial se déplace de nouveau vers le Nord, sur la 5eavenue.  Lord & Taylor est l'un des premiers détaillants à s'y installer; en effet, il déménage en 1914 dans son emplacement actuel : 424 5eavenue, à l'intersection Nord-Ouest de la 38erue.  Cet établissement devient le magasin-phare de la chaîne.

Pendant ce temps, Andrew Saks, détaillant entreprenant originaire de Baltimore se rend de Washington (D.C.) jusqu'à New York; en 1902, il y ouvre son premier magasin, appelé Saks & Co., au Herald Square.  En 1924, ses successeurs déménagent le magasin au 611 5e avenue.  L'appellation «Fifth Avenue» est alors ajoutée à la raison sociale du magasin, dans le but de tirer parti de la réputation du secteur et de son importance, et ainsi rehausser l'image de marque du magasin.

Au fil du temps, la 5e avenue tirera un aussi grand avantage de la présence de Saks que Saks en tirera de son emplacement sur la 5e avenue.  Et la récente acquisition de Saks Fifth Avenue donne à la Compagnie de la Baie d'Hudson une deuxième présence incontournable au cœur du plus important secteur commercial en Amérique du Nord.

Pas mal pour la «Compagnie des aventuriers faisant le commerce dans la baie d'Hudson», n'est-ce pas?  Et n'oublions pas que New York est située à l'embouchure du fleuve Hudson, qui tire son nom de l'homme qui a découvert la baie du même nom.  Quelle délicieuse ironie!  En outre, la ville même doit son nom à James, duc d'York, 2e gouverneur de la Compagnie.

Personne ne pourra vous en vouloir de penser que tout cela était écrit dans le ciel!

Canadienne ... ou Non?

2013-08-27

À vrai dire, ça dépend.

En matière d'identité nationale, les Canadiens ont l'épiderme sensible. Depuis toujours en effet, leur position historique et géographique les place quelque part entre l'Angleterre et les États-Unis. Ils sont périodiquement saisis d'épisodes de nationalisme exacerbé, ce qui s'est vraiment produit pour la dernière fois au moment des Jeux olympiques d'hiver à Vancouver. Les Jeux de Sochi, qui auront lieu dans moins de six mois, devraient être l'occasion de la prochaine manifestation de ce phénomène.

Qu'est-ce que tout cela signifie?  Nous tenons à nos symboles nationaux comme à la prunelle de nos yeux : le hockey, la feuille d'érable, le canot. Et HBC. Eh oui, de nombreux Canadiens considèrent que la Compagnie de la Baie d'Hudson fait partie de leur identité nationale. Si vous en doutez, voici la preuve scientifique.

En 2011, le Martin Prosperity Institute a désigné Moncton comme la plus «canadienne» des villes du pays. Le nombre de magasins de HBC situés dans la communauté était l'un des critères.

«Pour célébrer la fête du Canada, le Martin Prosperity Institute a mis au point un outil de mesure comportant huit critères intrinsèquement «canadiens» (par 100 000 résidents), au moyen d'un éventail de sources de données : nombre de brasseries, nombre d'établissements Tim Horton, nombre de producteurs de sirop d'érable, nombre de magasins de fourrures, pourcentage des travailleurs œuvrant dans l'industrie forestière ou les secteurs des pêches ou de la ferme, nombre de magasins de la Compagnie de la Baie d'Hudson (la Baie, Zellers, Déco Découverte), et équipes de la LCH et de la LNH (une équipe de la LNH vaut deux fois plus qu'une équipe de la CLH), le tout par région métropolitaine de recensement et par agglomération de recensement.»

Par conséquent, la récente annoncede l'acquisition par HBC du détaillant américain haut de gamme Saks d'ici à la fin de l'exercice sera certainement perçue comme une menace par certaines personnes, qui y verront une preuve de plus de l'érosion continue de l'identité canadienne de la Compagnie. Mais jusqu'à quel point cette perception est-elle exacte?

HBC est la plus ancienne société commerciale au Canada, n'est-ce pas?  Oui et non. Oui, elle est ici depuis toujours, du moins c'est l'impression qu'on a. Mais à quel point cette entreprise historique était-elle canadienne?  La réponse à cette question est : assez peu. Au cours de ses 300 premières années d'existence, elle appartient à des Britanniques et est exploitée par des Britanniques. Tout comme les pelleteries, les bénéfices traversent l'océan pendant une très longue période.

Faisons un grand bond dans le temps pour nous retrouver en 1970, début du quatrième centenaire d'existence de la Compagnie. L'année du 300e anniversaire de sa fondation, elle devient enfin société canadienne. Son siège social déménage au Canada, sa charte est modifiée en vertu de la loi canadienne sur les sociétés; mais surtout sa propriété passe d'une prédominance britannique (environ 85 % en 1970) à canadienne (approximativement 55 % en 1974). Il était temps!  C'est ce qui explique l'indignation exprimée dans certains milieux au moment de la vente de la Compagnie à des Américains en 2006. De nombreux Canadiens se sont désolés de la perte de «leur» entreprise emblématique aux mains de ces satanés Américains. Les Britanniques, qui se rappellent avoir éprouvé un sentiment équivalent en 1970, les comprendraient sûrement.

Aujourd'hui, les liens qui nous unissent aux Américains sont plus forts que jamais. Les propriétaires de l'entreprise sont Américains mais en plus, l'expansion de la Compagnie se fait de plus en plus au sud de la frontière. Il y a d'abord eu Lord & Taylor, plus ancien détaillant américain, et maintenant Saks. HBC se transforme en géant international du commerce de détail. Avec son assise solide en Amérique du Nord, elle commence à attirer l'attention partout au monde avec La Baie d'Hudson, sa marque emblématique. Sa riche histoire et l'esprit d'aventure qui sous-tendent tout ce qu'elle entreprend représentent sa carte de visite dans le reste du monde. Mais est-elle encore canadienne?

Eh bien, pas si nous basons notre réponse uniquement sur la propriété. Mais si on élargit les critères, la Compagnie de la Baie d'Hudson demeure résolument une entreprise canadienne, qui donne du travail à des milliers de Canadiens et qui est imbriquée de façon si étroite dans l'histoire de la nation qu'il n'y a d'équivalent nulle part au monde. Partout au pays, les écoliers apprennent l'histoire de la Compagnie. De même, les couvertures HBC, toujours fabriquées en Angleterre, demeurent le cadeau canadien par excellence, que le gouvernement fédéral offre aux dignitaires étrangers en visite. Et finalement, les rayures HBC, reconnues dans le monde entier, signifient «Canada» pour le reste de la planète.

Autrement dit, HBC fait réellement partie du profil génétique des Canadiens.

La Compagnie d'hier et de demain

2013-06-18

La Compagnie d'hier et de demain

Bienvenue au numéro inaugural de L'aventure continue, blogue rédigé par l'historienne de HBC.  Le lancement d'une nouvelle section nous semblait en effet la meilleure façon de célébrer le nouveau design du site Web du Patrimoine HBC.

Certains d'entre vous se disent sans doute : «un blogue historique… vraiment?»  Et bien, pourquoi pas!  L'histoire s'écrit littéralement tout autour de nous, en tout temps.  Les nouvelles d'aujourd'hui sont en effet l'histoire de demain.  Pour HBC, il s'agit également du dernier d'une longue série d'événements qui remontent jusqu'à 1670.  Vous vous dites peut-être que plus de 343 ans d'histoire fournissent plus de contenu que nécessaire à un site tel que celui-ci, et vous n'avez pas tort.  Mais notre histoire actuelle est au moins aussi fascinante que la plus ancienne; et elle se déroule parfois à une vitesse telle qu'il devient difficile de suivre.

En novembre dernier, HBC a fait un retour en bourse après six ans d'absence.  Six ans représentent une période relativement courte, surtout dans le cas d'une institution qui fêtera bientôt son 350e anniversaire (en 2020).  Toutefois, mises à part ces six années, HBC a été une société ouverte pendant toute son existence.  Ce fait est remarquable et lie la Compagnie aux tout débuts du monde des affaires d'aujourd'hui et du concept des sociétés par actions.  Vu sous cet angle, l'épisode «société fermée» de HBC ressemble presque à un intermède historique.  Et c'est tout ce qu'il serait, si ce n'étaient des changements majeurs qui se sont produits au cours de ces six années.

HBC a subi de profondes transformations qui ont touché tous les aspects de l'entreprise.  Elle est allégée, rationalisée, mieux ciblée, plus dynamique et plus responsable, avec un temps de réaction plus rapide.  Autrement dit, elle est plus professionnelle.  De plus, il y a maintenant une vision nouvelle et articulée qui sous-tend le tout.  Les clients l'ont remarqué et adorent ce qu'ils voient.  Ils ont toujours eu beaucoup d'affection pour la Compagnie et son lien unique avec le Canada.  Maintenant qu'ils y trouvent de plus en plus les articles qu'ils recherchent, ils ont plus de facilité à exprimer cette affection.  Et c'est ce qu'ils font la plupart du temps.  Pour vous en convaincre, pensez à la popularité de nos rayures (anglais seulement).

En plus d'offrir des marques telles que Topshop/Topman, Kiehl’s, Burberry et les très attendus articles Kleinfeld pour la mariée (à venir en 2014), HBC reconnaît également la valeur de ses racines historiques.  Dix ans après le lancement de sa marque maison Signature HBC, elle offre des collections HBC plus vastes, avec un assortiment rehaussé, et plus faciles à trouver que jamais : en magasin, en ligne et maintenant dans des boutiques spécialisées dans les deux plus importants aéroports au pays : Toronto et Vancouver.

Qu'est-ce que tout cela signifie pour la plus ancienne société commerciale au Canada?  Tout simplement que l'esprit original de la Compagnie est bien vivant et que l'aventure continue réellement.

Joan Murray

Historienne de la Compagnie